Les Évènements de MAI 1968 : Souvenir d'une lutte à prolonger
MAI 68, dix millions d'individus en grève : étudiants, lycéens, paysans, travailleurs, jeunes, femmes, immigrés... Dix millions d'individus en grève en même temps, la France paralysée, les pouvoirs politiques, institutionnels, syndicaux contestés et affaiblis. La force de millions d'individus prêts à tout détruire pour tout réinventer. Non seulement, des milliers d'étudiants ont fait l'expérience, pour la première fois, de la lutte des classes au côté des ouvriers, mais d'autres couches de la population comme la paysannerie, ont pu retrouver l'action commune et la solidarité avec la classe ouvrière. Une symbiose rare qui laissa des traces. Les prolongements de Mai 68, même s'ils n'aboutirent pas complètement, même s'ils ne laissent pas assez de traces, ou même s'ils furent récupérés, démontrent bien l'aspiration à privilégier les revendications qualitatives sur les quantitatives. Et c'est bien parce qu'il s'agit de changer la vie, donc de faire la révolution, que Mai 68 fut un danger pour les pouvoirs en place. Ils disparurent temporairement devant la marée contestataire, sous les projections de pavés et face aux barricades d'entraide et de solidarité...
La Cause du Peuple - Vidéo 94mn55
Mai 68 : le début d'une lutte prolongée ?
MAI 68, dix millions d'individus en grève : étudiants, lycéens, paysans, travailleurs, jeunes, femmes, immigrés...
Dix millions d'individus en grève en même temps, la France paralysée, les pouvoirs politiques, institutionnels, syndicaux contestés et affaiblis. La force de millions d'individus prêts à tout détruire pour tout réinventer. Non seulement, des milliers d'étudiants ont fait l'expérience, pour la première fois, de la lutte des classes au côté des ouvriers, mais d'autres couches de la population comme la paysannerie, du moins sa partie active, ont pu retrouver l'action commune et la solidarité avec la classe ouvrière. Une symbiose rare qui laissa des traces.
Ce qui fut nouveau en 1968, ce fut le champ revendicatif très large de la population. Il ne s'agissait plus des sempiternelles revendications elles sont justes en ce qui concerne les augmentations de salaires ou la réduction du temps de travail, mais d'une révolte, d'une révolution pour certains, pour changer la vie !
C'est la volonté de modifier la vie quotidienne qui s'affirme comme enjeu politique, de transformer les relations entre individus, y compris et surtout les relations de pouvoir.
La jeunesse, tant ouvrière qu'édudiante, revendique sa dignité, celle d'être reconnue, celle de sa responsabilisation sociale au moment où le développement économique lui ouvre un marché de consommation que l'autorité morale, portée par les parents et l'école, lui interdit [1].
Elle ne peut, alors, pour exister, que remettre en cause le pouvoir, les pouvoirs.
Et elle se le permet !
En tout premier lieu, un autre mode de communication se met en place. La parole se libère, cinglante, irrévérencieuse, souvent moqueuse, elle s'affranchit de la verticalité : l'information ne peut-elle que circuler vers le bas comme dans nos sociétés autoritaires, ou du bas vers le haut comme dans celles revendiquées par les "révolutionnaires" de tous poils (trotskistes, maoïstes, tout aussi autoritaires d'ailleurs) ? Mais si, bien sûr, et chacun réinvente, revivifie les circuits horizontaux.
Quelle force subversive !
C'est l'An 01 de Gébé : Ouvrez les yeux, fermez la télé. Ces dix ans de gaullisme, cette guerre d'Algérie mal digérée, celle du Vietnam, ne pouvaient alors que voler en éclats.
Le Parti communiste français en fera lui aussi les frais.
C'est la fin des mandarins, de tous les mandarins. La crise de l'UEC et de l'UNEF tue le "père" : le P.C.F. est liquidé comme parti dominant. Un espace de liberté s'ouvre alors espace de liberté que le mouvement anarchiste n'a pas su saisir...
Une fois ces carcans supprimés - n'oublions pas ceux de la sexualité, qui commencèrent à céder dès 1967 lors de l'occupation du bâtiment des filles, à la Cité-U de Nanterre - l'individu pouvait renaître. Non pas l'individu égoïste des années grises, mais l'individu autonome qui s'épanouit dans le collectif. Par sa volonté et sa capacité à rompre la monotonie et le conformisme, le mouvement fascine, d'autant qu'il permet à chacun d'être acteur, qu'il lui reconnaît le droit à la parole. Les notions et fonctions de parti et de bureau politique sont affaiblies au profit de celles de mouvement et d'assemblée générale.
Le plaisir de remettre en cause le principe de la délégation de pouvoir et de parole, de remettre en cause le pouvoir et le pouvoir des hommes est largement partagé [2]. Ces formes d'organisation et de lutte, très souples et ouvertes, permirent l'émergence de revendications nouvelles. Des mouvements spécifiques prendront forme, le plus souvent à partir de 1970-1971, comme prolongements de 1968 quant aux revendications à développer et à porter, mais aussi quant à l'esprit "festif" et chaleureux de Mai 68. Le droit à la différence s'affirme et s'amplifie au cours des luttes des homosexuels ou des femmes. La morale de l'Église, mais aussi celle de la famille, sont éventrées. Au-delà des luttes pour la maîtrise de leur corps (liberté et gratuité de la contraception et de l'avortement, dénonciation du viol, etc.), les femmes ouvrent le débat sur le travail domestique et le patriarcat. La famille et les relations avec les enfants s'en trouvent profondément modifiés.
L'expression explose sur les murs sous forme d'affiches, de graffitis ou de "bombages", dans la presse (avec notamment la parution de Charlie-Hebdo) et bouleverse les méthodes pédagogiques et éducatives : les écoles deviennent mixtes, les filles ont enfin le droit de porter le pantalon et les tables sont places en "U" ou en rond pour permettre des échanges plus égalitaires. La remise en cause du pouvoir s'étend jusqu'à l'armée ; puisque les soldats s'organisent en comités et que l'objection de conscience y trouve un statut.
Changer la vie se traduit aussi par mieux vivre : refus de construire des centrales nucléaires, mise en place de réseaux de distribution de produits alimentaires biologiques, lutte contre les colorants, recherche d'une autre relation entre soignants et soignés afin de maîtriser sa santé, mouvements antipsychiatrique et anticarcéral...
Le syndicalisme s'ouvre alors à la vie quotidienne, et non plus seulement à ce qui se passe dans l'entreprise ; les unions locales interprofessionnelles apparaissent comme un vivier reliant l'entreprise aux différents aspects de la vie quotidienne (sexualité, famille, éducation, transport, bouffe, urbanisation, etc.). Resurgi la notion d'autogestion, mais dissimulant l'ambigüité entre cogestion et gestion directe : elle aurait bien méritée d'être explicité, alors, pour clarifier les débats syndicaux.
Les prolongements de Mai 68, même s'ils n'aboutirent pas complètement, même s'ils ne laissent pas assez de traces, ou même s'ils furent récupérés, démontrent bien l'aspiration à privilégier les revendications qualitatives sur les quantitatives. Et c'est bien parce qu'il s'agit de changer la vie, donc de faire la révolution, que Mai 68 fut un danger pour les pouvoirs en place. Ils disparurent temporairement devant la marée contestataire, sous les projections de pavés et face aux barricades d'entraide et de solidarité.
Mais ils reprirent tous leur rôle, à peine, à la finale, entaillé : le gouvernement en lâchant sa police, mobilisant l'armée et offrant le royal cadeau de l'urne, le Parti communiste français "seul" parti de la classe ouvrière barrant toute jonction possible entre ouvriers et étudiants afin que les velléités de luttes d'ensemble (déjà sensibles dans les années précédentes) ne viennent pas remplacer les grèves saisonnières orchestrées, les "socialisants bon teint" convoquant Charléty afin de trouver un souffle à leur propre impasse, la kyrielle d'organisations d'extrême gauche incapables de fédérer ces expériences [3], les syndicats pervertissant les mots d'ordre vers des augmentations de salaires lâchées en pâture, la CGT toujours sous l'emprise du PCF, la CFDT quant à elle surfant avec le mouvement et acceptant l'autogestion tout en renforçant et centralisant son appareil, le patronat qui semblera céder sur les "petits chefs" en laissant introduire la section syndicale dans l'entreprise mais qui reconquerra ce peu d'espace laissé aux travailleurs par tout moyen d'intégration à l'entreprise. Chaque institution contribuera à sortir le pays de la crise politique, sociale et culturelle pour le placer sur le chemin de la démocratie bourgeoise et consensuelle : les accords de Grenelle bradent le qualitatif pour le quantitatif.
D'autres pays, d'autres continents connurent, de 1964 (Berkeley aux États-Unis) à octobre 1968 (Italie), des mouvements sociaux contestataires de grande ampleur, les secousses furent connues plus tardivement... En fait, à part quelques exceptions, les mouvements ne s'influencèrent pas directement, même si le ferment révolutionnaire s'appuyait sur des éléments communs ou semblables : la radicalisation autour de la lutte contre la guerre du Vietnam ou la recherche d'un plus grand contrôle de sa propre vie. Le vieux monde fut bien ébranlé mais, sans la conjonction de tous ces évènements, il put résister et digérer.
Au-delà des nouvelles valeurs, des nouveaux modes de pensée, il persiste, du mouvement ouvrier, des résurgence de formes d'organisation et de lutte. Des mouvements se développent pour l'affirmation de la dignité de chaque individu, comme dans les ghettos noirs d'Afrique du Sud, et s'organisent selon des principes d'action directe et de refus de délégation du pouvoir (Solidarnosc), ou dans des organisations anarchosyndicalistes (marins et dockers de Gilbraltar, COR au Brésil), en toute indépendance vis-à-vis du pouvoir politique (SMOT en URSS), ou en dehors de toute structure syndicale reconnue (COBAS en Italie).
Y compris, en France, les velléités de revendications uniformes, comme à la SNECMA et chez Chausson, où le jet de pièces de 20 centimes à la gueule des chefs et des patrons en réponse à une augmentation salariale de 0,20F donne l'espoir, face au marasme politique, d'un nouvel espace à conquérir.
Le début d'une lutte prolongée...
Hélène Hernandez
Groupe Pierre Besnard 1988
----- NOTES -----
[1] Voir les travaux de Daniel Bertaux. et Daniéle Linhart évoqués lors de la " Chronique syndicale " (sur Radio Libertaire Paris du 18 juin 1988.
[2] Daniel Cohn Bendit n'aura pu su rester le porte-parole (dans le sens indien), bien qu'il se détacha des leaders qui fleurirent alors et après : il préféra emprunter le chemin scabreux de la social-démocratie.
[3] Quant aux pro-Chinois, ils sont à présent ce qu'ils devaient être : staliniens fiers reconvertis et normaliens normalisés.
Source : Increvables anarchistes
Graffiti de Mai 1968

que les choses et leur prix.
Métro, boulot, dodo.
Et cependant tout le monde veut respirer et personne ne
peut respirer et beaucoup disent « nous respirerons plus tard ».
Et la plupart ne meurent pas car ils sont déjà morts.
L’ennui est contre-révolutionnaire.
Nous ne voulons pas d’un monde où la certitude de ne pas mourir
de faim s’échange contre le risque de mourir d’ennui.
Nous voulons vivre.
Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend.
Dans une société qui abolit toute aventure, la seule aventure possible
c’est l’abolition de cette société.
L’émancipation de l’homme sera totale ou ne sera pas.
Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau.
Pas de replâtrage, la structure est pourrie.
Le masochisme aujourd’hui prend la forme du réformisme.
Réforme mon cul.
La révolution est incroyable parce que vraie.
Je suit venu. J’ai vu. J’ai cru.
Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi !
Vite !
Pourvu qu’ils nous laissent le temps...
En tout cas pas de remords !
Déjà dix jours de bonheur.
Vivre au présent.
Camarades, si tout le peuple faisait comme nous...
On ne revendiquera rien, on ne demandera rien.
On prendra, on occupera.
À bas l’État.
Quand l’assemblée nationale devient un théâtre bourgeois, tous les théâtres bourgeois doivent devenir des assemblées nationales.
[À l’entrée de l’Odéon.]
Plebicit : qu’on dise oui qu’on dise non il fait de nous des cons.
Il est douloureux de subir les chefs, il est encore plus bête de les choisir.
Ne changeons pas d’employeurs, changeons l’emploi de la vie.
Ne me libère pas, je m’en charge.
Je ne suis au service de personne
(pas même du peuple et encore moins de ses dirigeants) ;
le peuple se servira tout seul.
Abolition de la société de classes.
La Nature n’a fait ni serviteurs ni maîtres,
je ne veux donner ni recevoir d’ordres.
Un bon maître, nous en aurons un dès que chacun sera le sien.
« Dans la révolution, il y a deux sortes de gens :
ceux qui la font, et ceux qui en profitent. »
(Napoléon)
Attention : les arrivistes et les ambitieux peuvent se travestir
en prenant un masque « socialard ».
Ne nous laissons pas bouffer par les politicards et
leur démagogie boueuse. Ne comptons que sur nous mêmes.
Le socialisme sans la liberté, c’est la caserne.
Tout pouvoir abuse. Le pouvoir absolu abuse absolument.
Nous voulons les structures au service de l’homme
et non pas l’homme au service des structures.
La révolution n’est pas seulement celle des comités
mais avant tout la vôtre.
La politique se passe dans la rue.
La barricade ferme la rue mais ouvre la voie.
Notre espoir ne peut venir que des sans-espoir.
[ou L'espoir nous est donné par les sans-espoir.]
Est prolétaire celui qui n’a aucun pouvoir sur l’emploi de sa vie
et qui le sait.
Ne travaillez jamais.
Les gens qui travaillent s’ennuient quand ils ne travaillent pas. Les gens qui ne travaillent pas ne s’ennuient jamais.
Travailleurs de tous les pays, amusez-vous !
Depuis 1936, je me suis battu pour des revendications de salaire;
mon père, avant moi, s’est battu pour des revendications de salaire.
J’ai la T.V., un réfrigérateur, une Volkswagen.
Au total, je n’ai jamais cessé d’avoir une vie de con.
Ne négociez pas avec les patrons. Abolissez-les.
Le patron a besoin de toi, tu n’as pas besoin de lui.
C’est en arrêtant nos machines dans l’unité que
nous démontrons leur faiblesse.
Occupation des usines.
Tout le pouvoir aux conseils ouvriers (un enragé).
Tout le pouvoir aux conseils enragés (un ouvrier).
Travailleur : tu as 25 ans mais ton syndicat est de l’autre siècle.
Les syndicats sont des bordels.
Camarades, lynchons Séguy !
Veuillez laisser le Parti communiste aussi nette en en sortant
que vous voudriez le trouver en y entrant.
Staliniens, vos fils sont avec nous !
L’homme n’est ni le bon sauvage de Rousseau,
ni le pervers de l’église et de La Rochefoucauld.
Il est violent quand on l’opprime, il est doux quand il est libre.
« Le combat est père de toute chose. »
(Héraclite)
Si besoin était de recourir à la force, ne restez pas au milieu.
Soyons cruels.
L’humanité ne sera heureuse que le jour où le dernier capitaliste
aura été pendu avec les tripes du dernier bureaucrate.
Quand le dernier des sociologues aura été pendu avec les tripes du dernier bureaucrate, aurons-nous encore des « problèmes » ?
La passion de la destruction est une joie créatrice.
(Bakounine)
Un seul week-end non révolutionnaire est infiniment
plus sanglant qu’un mois de révolution permanente.
Les larmes des Philistins sont le nectar des dieux.
Cela nous concerne tous.
Nous sommes tous des juifs allemands.
Nous refusons d’être H.L.M.isés, diplomés, recensés, endoctrinés, sarcellisés, sermonnés, matraqués, télémanipulés, gazés, fichés.
Nous sommes tous des « indésirables ».
Nous devons rester « inadaptés ».
La forêt précède l’homme, le désert le suit.
Sous les pavés, la plage.
Le béton éduque l’indifférence.
Ici, bientôt, de charmantes ruines.
Belle, peut-être pas, mais ô combien charmant. La vie contre la survie.
« Je me propose d’agiter et d’inquiéter les gens.
Je ne vends pas le pain mais la levure. »
(Unamuno)
Le conservatisme est synonyme de pourriture et de laideur.
Vous êtes creux.
Vous finirez tous par crever du confort.
Cache-toi, objet !
Non à la révolution en cravate.
Une révolution qui demande que l’on se sacrifie pour elle
est une révolution à la papa.
La révolution cesse dès l’instant qu’il faut se sacrifier pour elle.
La perspective de jouir demain ne me consolera
jamais de l’ennui d’aujourd’hui.
Quand les gens s’aperçoivent qu’ils s’ennuient, ils cessent de s’ennuyer.
Le bonheur est une idée neuve.
Vivre sans temps mort.
Ceux qui parlent de révolution et de lutte des classes sans se référer
à la réalité quotidienne parlent avec un cadavre dans la bouche.
La culture est l’inversion de la vie.
La poésie est dans la rue.
La plus belle sculpture, c’est le pavé qu’on jette sur la gueule des flics.
L’art est mort, ne consommez pas son cadavre.
L’art est mort, libérons notre vie quotidienne.
L’art est mort. Godard n’y pourra rien.
Godard : le plus con des Suisses pro-chinois !
Vibration permanente et culturelle.
Nous voulons une musique sauvage et éphémère.
Nous proposons une régénération fondamentale :
grève de concerts
des meetings sonores : séances d’investigation collectives
suppression du droit d’auteur,
les structures sonores appartiennent à chacun.
L’anarchie, c’est Je.
Révolution, je t’aime.
À bas le sommaire, vive l’éphémère.
— Jeunesse Marxiste Pessimiste.
Ne consommons pas Marx.
Je suis marxiste tendance Groucho.
Je prends mes désirs pour la réalité
car je crois en la réalité de mes désirs.
Désirer la réalité, c’est bien ! Réaliser ses désirs, c’est mieux !
Prenez vos désirs pour des réalités.
Je décrète l’état de bonheur permanent.
Soyez réalistes, demandez l’impossible.
L’imagination au pouvoir.
Manquer d’imagination, c’est ne pas imaginer le manque.
Imagination n’est pas don mais par excellence objet de conquête.
(Breton)
L’action ne doit pas être une réaction mais une création.
L’action permet de surmonter les divisions et de trouver des solutions.
Exagérer, c’est commencer d’inventer.
L’ennemi du mouvement, c’est le scepticisme. Tout ce qui a été
réalisé vient du dynamisme qui découle de la spontanéité.
Ici, on spontane.
« Il faut porter en soi un chaos
pour mettre au monde une étoile dansante. »
(Nietzsche)
Il faut systématiquement explorer le hasard.
L’alcool tue. Prenez du L.S.D.
Déboutonnez votre cerveau aussi souvent que votre braguette.
« Toute vue des choses qui n’est pas étrange est fausse. »
(Valéry)
La vie est ailleurs.
Oubliez tout ce que vous avez appris. Commencez par rêver.
Formons des comités de rêves.
Osons ! Ce mot renferme toute la politique de cette heure.
(Saint-Just)
Debout les damnés de l’Université.
Les étudiants sont cons.
L’aptitude de l’étudiant à faire un militant
de tout acabit en dit long sur son impuissance.
— Les filles enragées.
Professeurs, vous nous faites vieillir.
Fin de l’Université.
Violez votre Alma Mater.
Et si on brûlait la Sorbonne ?
Professeurs vous êtes aussi vieux que votre culture,
votre modernisme n’est que la modernisation de la police.
Nous refusons le rôle qu’on nous assigne :
nous ne serons pas des chiens policiers.
Nous ne voulons pas être les chiens de garde
ni les serviteurs du capitalisme.
Examens = servilité, promotion sociale, société hiérarchisée.
Quand on vous examine, répondez avec des questions.
L’insolence est la nouvelle arme révolutionnaire.
Tout enseignant est enseigné. Tout enseigné est enseignant.
La vieille taupe de l’histoire semble bel et bien ronger la Sorbonne. Télégramme de Marx, 13 mai 1968.
Une pensée qui stagne est une pensée qui pourrit.
Pour mettre en question la société où l’on « vit »,
il faut d’abord être capable de se mettre en question soi-même.
Prenons la révolution au sérieux mais ne nous prenons pas au sérieux.
Les murs ont des oreilles. Vos oreilles ont des murs.
Construire une révolution c’est aussi briser
toutes les chaînes intérieures.
Un flic dort en chacun de nous, il faut le tuer.
Chassez le flic de votre tête.
La religion est l’escroquerie suprême.
Ni dieu ni maître.
Même si Dieu existait il faudrait le supprimer.
Savez-vous qu’il existait encore des chrétiens ?
À bas le crapaud de Nazareth.
Comment penser librement à l’ombre d’une chapelle ?
Nous voulons un endroit pour pisser, non pour prier.
Dieu, je vous soupçonne d’être un intellectuel de gauche.
La bourgeoisie n’a pas d’autre plaisir que celui de les dégrader tous.
Les motions tuent l’émotion.
Luttons contre la fixation affective qui paralyse nos potentialités.
— Comité des femmes en voie de libération.
Les réserves imposées au plaisir excite
le plaisir de vivre sans réserve.
Plus je fais l’amour, plus j’ai envie de faire la révolution.
Plus je fais la révolution, plus j’ai envie de faire l’amour.
SEXE : C’est bien, a dit Mao, mais pas trop souvent.
Camarades, 5 heures de sommeil sur 24 sont indispensables :
nous comptons sur vous pour la révolution.
Embrasse ton amour sans lâcher ton fusil.
Je t’aime !!! Oh! dites-le avec des pavés !!!
Je jouis dans les pavés.
Jouir sans entraves.
Camarades, l’amour se fait aussi à Sciences Po, pas seulement aux champs.
Jeunes femmes rouges, toujours plus belles.
Zelda, je t’aime ! À bas le travail !
Les jeunes font l’amour, les vieux font des gestes obscènes.
Make love, not war.
Qui parle de l’amour détruit l’amour.
À bas la société de consommation.
Consommez plus, vous vivrez moins.
La marchandise est l’opium du peuple.
La marchandise, on la brûlera.
On achète ton bonheur. Vole-le.
Voir Nanterre et vivre.
Allez mourir à Naples avec le Club Méditerranée.
Êtes-vous des consommateurs ou bien des participants ?
Être libre en 1968, c’est participer.
Je participe.
Tu participes.
Il participe.
Nous participons.
Vous participez.
Ils profitent.
L’âge d’or était l’âge où l’or ne régnait pas.
« C’est parce que la propriété existe
qu’il y a des guerres, des émeutes et des injustices. »
(Saint Augustin)
Si tu veux être heureux, pends ton propriétaire.
Millionnaires de tous les pays, unissez-vous, le vent tourne.
L’économie est blessée, qu’elle crève !
Que c’est triste d’aimer le fric.
Vous aussi vous pouvez voler.
« Amnistie : acte par lequel les souverains pardonnent
le plus souvent les injustices qu’ils ont commises. »
(Ambrose Bierce)
Abolition de l’aliénation.
L’obéissance commence par la conscience
et la conscience par la désobéissance.
Désobéir d’abord : alors écris sur les murs (Loi du 10 Mai 1968)
J’aime pas écrire sur les murs.
Écrivez partout !
Avant donc que d’écrire, apprenez à penser.
Je ne sais pas qu’écrire mais j’aimerais en dire
de belles choses et je ne sais pas.
On n’a... pas le temps d’écrire !!!
J’ai quelque chose à dire mais je ne sais pas quoi.
La liberté, c’est le droit au silence.
Vive la communication, à bas la télécommunication.
Toi, mon camarade, toi que j’ignorais derrière les turbulences,
toi jugulé, apeuré, asphyxié, viens, parle à nous.
Parlez à vos voisins.
Hurle.
Créez.
Regardez en face !!!
Participons au balayage. Il n’y a pas de bonnes ici.
La révolution, c’est une INITIATIVE.
Le discours est contre-révolutionnaire.
Bannissons les applaudissements, le spectacle est partout.
Ne nous attardons pas au spectacle de la contestation
mais passons à la contestation du spectacle.
À bas la société spectaculaire-marchande.
À bas les journalistes et ceux qui veulent les ménager.
Seule la vérité est révolutionnaire.
Il est interdit d’interdire.
La liberté est le crime qui contient tous les crimes.
C’est notre arme absolu.
La liberté d’autrui étend la mienne à l’infini.
Pas de liberté aux ennemis de la liberté.
Libérez nos camarades.
Ouvrons les portes des asiles, des prisons, et autres Facultés.
Ouvrez les fenêtres de votre cœur.
Les frontières on s’en fout.
On ne peut plus dormir tranquillement dès qu’on
s’est subitement ouvert les yeux.
L’avenir ne contiendra que ce que nous y mettrons maintenant.
Ces graffiti sont tirés principalement de L’imagination au pouvoir de Walter Lewino (Losfeld, 1968), Les murs ont la parole de Julien Besançon (Tchou, 1968), Paris ’68 de Marc Rohan (Impact, 1968), Enragés et situationnistes dans le mouvement des occupations de René Viénet (Gallimard, 1968), Paris : May 1968 de Maurice Brinton (Solidarity, 1968), et Mai 1968 : brûlante nostalgie de Gérard Lambert (Pied de nez, 1988).
Source : Daniel Dzierzgowski






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