Privatisation de La Poste : Un drôle de pli

 

L'ouverture du capital de la Poste n'a rien à voir avec la révision de la carte judiciaire ou celle de la carte militaire. Elle résulte d'un démantèlement méthodique des services publics d'intérêt général dans l'Union européenne et dans le cadre plus global de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) dont l’objectif est de favoriser partout le libre échange et d’ouvrir à la concurrence le marché des services.
Le documentaire consacré à la Poste, est remarquablement servi par l’un des acteurs principaux de la privatisation du groupe, M. Christian Kozar, qui en est le directeur général. Ses propos d’une franchise de technocrate sûr de son bon droit valent mille démonstrations. M. Kozar soutient, par exemple, qu’il n’y a pas de réduction du nombre de bureaux de poste, tout au plus un « déplacement » car « il faut que nos produits puissent se vendre là où il y a des clients »... Et l’on voit des postiers transformés en camelots, des usagers désemparés, parfois dépendants du commerçant devenu relais-poste, mais sans aucune obligation de confidentialité. On imagine ce que cela peut donner dans un petit village...

La Cause du Peuple - Vidéo 49mn30

La Poste : Un drôle de pli - Durée : 49:30

Histoire de la dérégulation de La Poste

Il serait réducteur et malhonnête de passer sous silence le long processus qui aboutit aujourd'hui à l'ouverture du capital de la Poste. En effet, cette décision n'est pas le dernier éclat d'un gouvernement qui s'emploie avec assiduité à mettre en œuvre un désengagement massif de l'État dans de nombreux domaines.

15 décembre 1997
La Commission adopte la Directive 97/67/CE qui ouvre le marché postal de l'UE à la concurrence pour le courrier de plus de 350 grammes ou taxé cinq fois le prix de base.

10 juin 2002
Le Parlement européen et le Conseil adoptent la directive postale 2002/39/CE qui modifie la directive postale de 1997.
Cette directive ouvre le marché postal de l’UE à la concurrence :
- pour le courrier de plus de 100 grammes et dont le prix est supérieur à trois fois le tarif public, à partir du 1er janvier 2003
- pour le courrier de plus de 50 grammes et dont le prix est supérieur à deux fois et demi le tarif public, à partir du 1er janvier 2006.
Enfin, cette directive prévoit le 1er janvier 2009 comme date éventuelle d’achèvement du marché intérieur des services postaux.

31 juillet - 1er août 2004
La réunion du conseil général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) fixe en juillet 2005 la date butoir pour la remise par les États membres de leurs propositions en matière de libéralisation des services. La libéralisation des services (Accord général sur le commerce des services, AGCS) constitue le troisième volet de l’Agenda de Doha, initié au Qatar en 2001.

20 mai 2005
Promulgation de la loi relative à la régulation des activités postales. La loi transpose les directives européennes limitant le champ du monopole postal pour permettre l’ouverture du secteur à la concurrence. Pour concurrencer La Poste sur ces marchés, il sera nécessaire d’obtenir une autorisation délivrée par l’Autorité de régulation des télécommunications électroniques et des postes (ARCEP). Le principe de la fourniture par La Poste d’un « service universel postal » est cependant réaffirmé.

2 juin 2005
La Commission européenne transmet à l’OMC la nouvelle offre des 25 États membres en matière de libéralisation des services. L’Union européenne dépose formellement devant l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) ses propositions révisées d’ouverture à la concurrence étrangère d’une gamme de secteurs des services (services postaux, informatique et télécoms, distribution, services en matière d’environnement, services financiers, tourisme et transports).

18 octobre 2006
La Commission européenne rend publique dans un communiqué une proposition visant à ouvrir totalement à la concurrence les marchés des services postaux de l’Union européenne d’ici à 2009. Les opérateurs nationaux ne disposeront plus du monopole, appelé « domaine réservé », pour les envois d’un poids inférieur à 50 grammes.

20 février 2008
La Parlement européen et le Conseil adoptent la Directive 2008/6/CE modifiant la directive 97/67/CE qui concerne l’achèvement du marché intérieur des services postaux de la Communauté.
Elle précise ainsi les modalités selon lesquelles le marché des services postaux pourra être ouvert :
« (…) Les États membres peuvent retenir l’une ou plusieurs des options suivantes: laisser aux forces du marché le soin de fournir le service universel, charger une ou plusieurs entreprises d’en fournir tel ou tel volet ou de couvrir telle ou telle partie du territoire, ou avoir recours à des procédures de passation de marchés publics (...) ».

Les fausses raisons d’une vraie privatisation

Pour tenter de justifier le changement de statut et l’ouverture du capital de la Poste, quelques experts autodésignés avancent des arguments bien connus (on a utilisé à peu près les mêmes pour France Télécom et EDF), mais qui ne résistent pas à l’analyse.

1. « Ce changement de statut nous est imposé par Bruxelles - il est inévitable »
Les directives européennes successives et la mise en concurrence ont eu des effets importants en matière de désorganisation du service public postal. Néanmoins, à aucun moment, ces directives n’ont imposé un statut aux opérateurs postaux. Il en est de même aujourd’hui : pour Bruxelles, l’ouverture au marché n’implique pas la privatisation. L’Union européenne incite à la privatisation par tous les moyens dont elle dispose. Mais elle n’a aucune compétence en matière de régime de propriété. La privatisation est de compétence nationale.

Économiquement, nous avons connu des entreprises publiques qui vivaient dans un environnement concurrentiel : Renault, publique jusqu’en 1996 alors que le marché de l’automobile était mondial ; Aérospatiale, constructeur d’Airbus, n’a été privatisée que sous le gouvernement Jospin ; de même la SNECMA, constructeur de moteurs d’avions pour un marché mondial, est restée publique très longtemps. Ces entreprises publiques industrielles ont vécu longtemps sur des marchés où la concurrence était rude. Si elles l’ont pu, on ne voit pas pourquoi la Poste ne le pourrait pas.

2. « La privatisation s’accompagnera d’une « délégation de service public » qui permettra d’imposer, mieux qu’aujourd’hui, un cahier des charges pour remplir la mission, il sera négocié localement »
C’est un argument mis en avant par le gouvernement, la direction de la Poste et les défenseurs du projet de privatisation, comme le président de l’Association des maires de France.

La loi de régulation postale de mai 2005 a ouvert la porte à une dégradation sans précédent du service public postal. Le contrat de service public signé en juillet 2008 entre l’État et la Poste reprend les critères retenus dans cette loi.

Le gouvernement a mis en place une stratégie de défaisance qui l’a amené à soutenir la dernière directive postale en 2007. Pour compenser la perte de monopole, il a pris des mesures d’économies qui ôteraient tout « handicap concurrentiel » à la Poste. Il faut que celle-ci se mesure aux autres entreprises du secteur ! Et la mission de relève, de traitement et d’acheminement du courrier est, jusqu’au 1er janvier 2011, financée par le monopole pour les plis de moins de 50 grammes. Le cahier des charges qui prévoit la réduction des délais d’attente, par exemple, est une garantie bien limitée !

Si la porte est déjà ouverte, l’introduction de capitaux privés, même minoritaire, conduirait immédiatement à imposer de façon plus radicale la logique de rentabilité : l’ensemble des activités sera jugée sur des critères de rentabilité capitaliste : comparaison avec d’autres entreprises privées, ratios de charges de personnels et d’investissements... L’entrée en Bourse constituerait un pas supplémentaire, les résultats économiques et financiers des entreprises étant regardés du point de vue du cours de l’action et de la capacité à produire du dividende. Cela a des implications sur les stratégies d’entreprises, les choix d’investissements, l’emploi, les conditions de travail…

L’expérience montre que la délégation de service public est totalement inopérante avec les grandes firmes privées. L’eau est un bon exemple. Cela tient à ce que les pouvoirs publics locaux, et même nationaux, n’ont pas les moyens de contraindre ces firmes à agir selon un autre objectif que le leur : profit maximum le plus vite possible.

3. « Pour financer la modernisation de la Poste, pas d’autres choix que d’ouvrir le capital »
Tel est l’un des arguments les plus régulièrement servis pour justifier les opérations de privatisation. Or, le groupe La Poste n’est pas en déficit : bénéfice de 800 millions d’euros en 2006 et 1 milliard d’euro en 2007, et ce alors même que l’État lui impose d’assumer un certain nombre de coûts (comme les tarifs bonifiés dont bénéficient les éditeurs afin de soutenir la diffusion de la presse). Derrière ce terme de « modernisation », se cache la volonté de poursuivre la transformation de la Poste en une entreprise privée transnationale. Ce que permettrait l’ouverture du capital, ce n’est pas la mise à niveau des centres de tris, la mise en place d’un réseaux de distribution express par TGV, mais bien la possibilité pour la Poste de participer au grand jeu de Monopoly qui s’organise sur les dépouilles des systèmes publics européens.

4. « Pour permettre à l’entreprise de résister à la concurrence, il faut lui donner les moyens d’un développement international »
Le besoin de capitaux pour s’internationaliser est aussi un argument qui a déjà beaucoup servi : l’ouverture à la concurrence va faire perdre des parts du marché national et oblige à aller en chercher à l’international. Pour ce faire, il faut acheter des opérateurs à l’étranger. C’est la combinaison des niveaux européen et national de l’offensive contre les services publics : on prend appui sur la libéralisation européenne pour procéder à la privatisation nationale. On ne prend plus la peine de montrer que l’internationalisation est utile au service public ; le raisonnement se borne aux parts de marché. C’est-à-dire que l’on est déjà dans la logique privée.

La croissance internationale assure-elle au moins de pérenniser l’entreprise ? Non. L’Italie connaît ainsi des difficultés avec deux de ses entreprises nationales : Telecom Italia et Alitalia. Rachetées essentiellement par des sociétés privées, rien n’assure qu’elles seront maintenues et que le service prendra en compte les besoins des Italiens. Quant aux salariés, ils sont sacrifiés sur l’autel de la compétitivité : France Télécom a licencié plus de 40 000 salariés polonais depuis son rachat de l’opérateur historique... Cette situation peut toucher demain en France l’une ou l’autre des entreprises récemment privatisées. De même, rien n’empêche, dans un contexte purement spéculatif et de forte concurrence, des opérations de rachat à la faveur d’une baisse du cours de bourse.

On doit aussi s’interroger sur le point de savoir si cette façon d’affronter la concurrence (la croissance externe) est adaptée. Le prix immédiat est élevé pour un rapport totalement hypothétique. Le meilleur moyen de se défendre, pour les entreprises de service public, est de renforcer leur relation actuelle avec la population et de cultiver ce qui est leur premier savoir-faire : le service public. C’est une tout autre vision des choses.

EDF devrait investir dans ses missions de service public et de recherche : travailler sur les énergies renouvelables et les économies d’énergie, secteur qui a assurément plus d’avenir que les vieilles centrales nucléaires britanniques. L’acquisition de British Electric a coûté près de 16 milliards d’euros. La SNCF devrait améliorer d’urgence ses équipements, cesser de fermer des liaisons et conserver le maillage le plus serré du territoire. Elle s’apprête pourtant à dépenser 80 millions d’euros pour acquérir 20 % de la compagnie italienne NTV... Quant à la Poste, doit dépenser, en 2008, 500 millions d’euros pour acquérir 50 % de l’opérateur espagnol SEUR et 140 millions pour l’achat d’Experian, une société de services en ingénierie informatique. Les opérations d’achat envisageables se chiffrent désormais en milliards d’euros. Avec les 500 millions de SEUR il est possible d’entretenir 1.000 guichets de plein exercice de la Poste pendant dix ans (salaires, loyer, informatique).

Au-delà, si vraiment la Poste a besoin de capitaux, d’autres solutions existent qui ne supposent pas une privatisation, comme, par exemple, la levée d’un emprunt obligataire.

5. « La Poste fonctionne déjà sur le mode du privé, la privatisation ne changera rien »
Différents éléments sont mis en œuvre, parfois depuis des années, qui préparent le terrain : concurrence, dégradation du service rendu aux usagers, et transformation de la gestion du personnel.

Le basculement du travail quotidien de centaines de milliers d’agents vers de nouvelles normes de travail ne peut s’opérer en un jour. Les privatisations se sont appuyées sur des campagnes idéologiques continues. Pour la Poste, cette offensive vise à promouvoir dans chaque geste quotidien, le « bon réflexe ». La rentabilité doit remplacer le service public comme guide conducteur : Pourquoi ne pas proposer un service financier ou des produits de papeterie à un usager qui vient acheter un timbre ? Pourquoi parcourir 10 km pour livrer une seule lettre que l’on pourrait remettre le lendemain ? Pourquoi garder un compte où ne transitent que quelques euros, et où chaque transaction coûte plus cher que ne rapporte le dépôt ?

Des consignes limitées aujourd’hui pourraient conduire demain à l’abandon pur et simple de certaines missions. Plus question de répondre aux besoins : contact humain pour le facteur, sécurité dans la maintenance aéronautique, disponibilité de l’agent d’EDF. À l’origine, le statut des fonctionnaires ou des salariés des grandes entreprises publiques était lié à ces exigences fortes de service public. L’attaque s’est donc largement appuyée sur la remise en cause du statut des salariés de la Poste. Plus de 40 % du personnel est déjà sous statut privé, ce sont les personnels les moins qualifiés, au salaire peu élevé, et une grande part de femmes. Défendre le service public quand on gagne autour de 1.050 euros net par mois, sans perspective de carrière, est difficile.

Cette politique s’accompagne de la mise en concurrence des salariés. Les métiers sont confrontés à un calcul autonome de la rentabilité. Pourtant le travail du postier intègre les différentes dimensions, qu’on ne peut découper en financier, courrier, colis... Le colis repose sur le réseau des facteurs pour la distribution. La Banque postale fonctionne avec du personnel travaillant dans les bureaux de poste.

La direction propage aussi l’idée que la privatisation libèrerait la gestion de l’entreprise d’un carcan étatique et permettrait même d’envisager une participation aux bénéfices. Rappelons que la Poste est d’abord une entreprise de main-d’œuvre où les salaires sont bas. Comment imaginer que les salariés tireront des bénéfices d’une telle situation ?

L’ouverture du capital aggraverait brutalement ces tendances en instaurant la domination définitive de la rentabilité sur le service public.

La multiplication des filiales : diviser pour mieux privatiser

Le départ de France Télécom marque la première scission et pourrait laisser croire que l’organigramme de la Poste est aujourd’hui on ne peut plus simple. Il n’en est rien : en vingt ans, sous prétexte de modernisation et d’adaptation, le groupe La Poste a multiplié ses filiales (291 filiales en 2008), certaines ayant déjà le statut de sociétés anonymes, et aussi ses acquisitions et ses implantations à l’étranger (Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, États-Unis, pays d’Europe de l’Est et pays émergents, etc.). Aujourd’hui, le groupe est divisé en quatre « métiers » : le courrier, les colis et express, les services financiers et le réseau des bureaux de poste. Voyons les choses d’un peu plus près.

1. Le courrier : c’est là que les filiales sont le plus nombreuses, regroupées en quatre pôles composant le holding Sofipost. Il y a d’abord Doc@post, pôle réservé aux entreprises, leur assurant la gestion des documents et des données (filiales : Aspheria, Certinomis, Dynapost, Ingéniérie Solutions Courrier, Maileva, Orsid, Selisa, Seres, SF7, Xange Capital). Le second pôle, Publipost, comme son nom l’indique, est dédié au publipostage (filiales : Mediapost, Mediapost Data, STP, Néolog, Néopress). Troisième pôle, La Poste Global Mail, chargée de l’international (filiales : Brokers Worldwide, BTP Mailflight, La Poste UK Limited, Sofrepost). Vient enfin Viapost, pôle consacré au fret (filiales : Fret GV, et tout récemment Greenovia et Mobigreen, dédiées au « courrier vert »). On en oublierait presque l’essentiel, du moins aux yeux des clients particuliers, la Direction du courrier.

2. Les colis et express : ce « métier » est divisé en deux parties. La première, ColiPoste, est l’opérateur interne de la Poste, chargé de la livraison aux particuliers en 48 heures et plus. La seconde, GeoPost, regroupe des filiales françaises (Chronopost International, Taxicolis, Exapaq) et internationales (réseau DPD, Parceline, Interlink, Armadillo, SEUR, liste en perpétuelle évolution au gré des acquisitions, des fusions et des ventes).

3. La Banque postale : sa naissance s’est faite en deux étapes. D’abord, en 2000, est créée la filiale Efiposte, qui permet une gestion financière échappant au contrôle du Trésor. Puis, le 1er janvier 2006, Efiposte devient la Banque postale, société anonyme dont le capital est pour l’instant détenu à 100 % par la Poste. En partenariat avec de nombreux organismes privés, la Banque postale possède aussi ses propres filiales, regroupées dans un holding appelé SF2, spécialisées notamment dans les domaines de l’assurance et de la gestion d’actifs.

4. L’enseigne La Poste : le réseau des bureaux de poste revendique actuellement 17.000 points de contact, dont 5.000 en partenariat avec des collectivités locales ou des commerçants. La recherche de la rentabilité entraîne la fermeture de nombreux bureaux de poste, et ceux qui restent sont encouragés à faire du chiffre par tous les moyens, par exemple en proposant aux usagers, devenus « clients », toute une gamme de produits parfaitement inutiles. Il faut savoir en outre que plus de 10.000 postes de guichetiers ont été supprimés en trois ans, ce qui entraîne de longues files d’attente et l’insatisfaction des usagers.

Pour revenir à l’accumulation de filiales, elle peut sembler absurde, elle l’est d’ailleurs, mais il s’agit de préparer la privatisation, qui pourra se faire soit sur l’ensemble du groupe, soit sur tout un « métier » (on pense évidemment à la Banque postale, devenue société anonyme), soit sur un holding ou sur certaines filiales travaillant déjà en partenariat avec des groupes privés. En outre, un tel cloisonnement détruit la solidarité entre employés du groupe, déjà mise à mal par la différence de statut entre fonctionnaires et contractuels : ces derniers représentent, en 2008, 41,6 % de l’ensemble du personnel (proportion en constante augmentation), et gagnent en moyenne 450 euros de moins par mois que les fonctionnaires. Ajoutons que l’intéressement du personnel à l’entreprise aggrave les inégalités : alors que la plupart des postiers se sont vu attribuer une prime de 94 euros au titre de l’exercice 2007, cette somme s’est élevée à 3.800 euros en moyenne pour le personnel du siège de la Banque postale.

Comment ça se passe ailleurs qu’en France ?

La même directive, dans ses considérants, reprend la rengaine néolibérale, évoquant une concurrence accrue en raison de « profondes mutations » et de la mondialisation, qui imposent de « relever de nouveaux défis ». D’ailleurs, une étude prospective (dont on ne sait trop par qui ni comment elle a été menée) atteste que « le maintien d’un secteur réservé ne devrait plus constituer l’option privilégiée pour le financement du service universel. Cette appréciation tient compte de l’intérêt qu’ont la Communauté et ses États membres à achever le marché intérieur et à tirer parti de son potentiel de création de croissance et d’emplois, tout en assurant l’offre d’un service efficace d’intérêt économique général à tous les utilisateurs ». Un certain nombre de pays se sont depuis longtemps lancés dans la libéralisation et la privatisation de leurs services postaux. Il est donc facile de vérifier si l’efficacité de ces services a été accrue et si de nouveaux emplois ont été créés.

1. Le modèle suédois : l’ouverture à la concurrence est totale en Suède depuis 1993, soit deux ans avant l’entrée du pays dans l’Union européenne. En 1994, l’ancienne administration postale a été transformée en une SARL, Posten AB, qui a été désignée comme « prestataire du service universel », et dont la part de marché est encore aujourd’hui supérieure à 90 %. C’est dire que la concurrence ne joue qu’à la marge. Par contre, la Suède bat tous les records de prix (c’est là que le timbre-poste est le plus cher, avec 90 % de hausse entre 1993 et 2003), tandis qu’un tiers des emplois de postiers y ont été supprimés en quelques années ainsi qu’un tiers des bureaux de poste, les supérettes faisant office d’agences postales. Malgré ces purges, Posten a évité de peu la banqueroute en 2003.

2. Les déboires de Royal Mail : l’ancienne administration postale britannique s’appelait la Post Office Corporation et regroupait les télécommunications et les services postaux. En 1981, en plein thatchérisme, la partie télécom fut séparée de la poste et devint British Telecom, depuis privatisée. La poste devint pour sa part The Post Office, jusqu’en 1999, année où le gouvernement Blair lance une privatisation aussi soudaine que mal organisée. La poste prend alors le nom de Consignia, mais l’opération se solde par un tel échec que le gouvernement renationalise en catastrophe l’entreprise, avec une perte évaluée à 1,5 milliard de livres. Sous le nom de Royal Mail, c’est aujourd’hui une entreprise publique à statut de société par actions. Contrairement à ce qui se passe en Suède, elle doit faire face à une concurrence féroce, menée entre autres par le français La Poste et le néerlandais TNT, concurrence d’autant plus vive que la libéralisation est totale depuis 2006. Résultat : un plan de réorganisation entraînant la fermeture de 2.500 bureaux de poste et une compression de la masse salariale, notamment par le gel des salaires, la remise en cause des plans de retraite, des suppressions d’emplois et la généralisation des temps partiels. D’où les nombreuses grèves qui ont éclaté au Royaume-Uni en 2007.

3. TNT, maître aux Pays-Bas : la poste aux Pays-Bas est entièrement privatisée. Dès 1989, l’entreprise publique de postes et télécommunications, Koninklijke PTT Nederland NV (KPN) est transformée en société anonyme, tandis que la concurrence est ouverte pour tous les envois d’un poids supérieur à 500 grammes. KPN ouvre son capital en 1994, puis en 1995. L’entreprise fusionne en 1996 avec la Thomas Nationwide Transport (TNT), société spécialisée dans les colis/express, née en Australie en 1946. Puis, en 1998, TNT Post Group (TPG) et KPN se séparent, la première entreprise devenant l’opérateur postal n° 1 aux Pays-Bas, tandis que la seconde garde les télécoms. TNT est aujourd’hui une société implantée un peu partout dans le monde, en particulier grâce à sa filiale TNT express. Elle gagne des parts de marché dans les pays voisins des Pays-Bas, en particulier en Allemagne, où elle n’hésite pas à faire travailler des enfants pour sa filiale consacrée au portage et à la publicité non adressée (PNA). Aux Pays-Bas, on a pu croire pendant quelques années au mythe de la croissance et des créations d’emplois, mais la réalité est aujourd’hui moins rose : TNT envisage de supprimer entre 11.000 et 13.000 emplois sur 59.000 dans les années qui viennent, tandis que 70 % de la main-d’œuvre travaille déjà à temps partiel. Il ne reste qu’entre 500 et 800 vrais bureaux de poste, auxquels s’ajoutent environ 1.300 points poste chez les commerçants.

4. Le cousin allemand : l’Allemagne commence sa mutation à peu près en même temps que la France, avec en 1989 l’éclatement de la Deutsche Bundespost en trois entités distinctes, chargées de la poste, des télécoms et des produits financiers. Puis vient 1995 et la transformation de ces entités en sociétés anonymes, avec ouverture progressive de leur capital : Deutsche Postbank, Deutsche Telekom, Deutsche Post. On notera cependant que, dès 1999, du fait de ses déboires, Deutsche Postbank est reprise par Deutsche Post, qui vient récemment d’en céder une bonne part à la Deutsche Bank. En même temps qu’elle entre en bourse, la poste allemande multiplie les acquisitions, notamment DHL et le suisse Danzas. Dans l’optique d’un développement à l’échelle mondiale, elle change de nom et devient Deutsche Post World Net, continuant à s’endetter par des acquisitions à prix fort, en particulier en Amérique (phénomène identique à celui de France Télécom et EDF). Pendant ce temps, le réseau postal allemand subit une cure d’amaigrissement, avec une réduction drastique du nombre d’agences. Depuis 1995, on n’embauche plus de fonctionnaires, et le patron de Deutsche Post précisait en 2007 que la libéralisation coûterait 32.000 emplois à l’entreprise du fait de la concurrence sauvage. Un autre problème se pose, lié justement à la concurrence : un accord salarial relativement avantageux, en particulier pour les postiers de l’ancienne RDA, a été conclu en 2007 entre Deutsche Post et les principaux syndicats, puis étendu à l’ensemble du secteur postal par le Parlement. Cet accord, fixant le salaire minimum horaire à près de 10 euros, a été violemment attaqué par les entreprises concurrentes, notamment le néerlandais TNT et l’entreprise de portage PIN AG, habituées à verser des salaires presque deux fois moins élevés. L’accord salarial a été déclaré illégal par le tribunal administratif de Berlin, au prétexte que PIN AG avait signé un autre accord avec un autre syndicat, GNBZ. Faut-il préciser que GNBZ est un syndicat fantoche, créé pour la circonstance par PIN AG ? Tels sont les « bienfaits » de la concurrence.

Il convient de préciser que si Deutsche Post fait tout pour conserver sa position dominante en Allemagne, elle cherche à s’implanter dans la plupart des pays voisins dont l’Autriche, où elle a créé son propre réseau. Dans ce dernier pays, l’arrivée de la concurrence a déclenché la mise en œuvre d’un plan de défense aboutissant à la suppression de 9.000 emplois d’ici 2015 et de 40 % des guichets chez l’opérateur public, dont le capital est détenu à 51 % par l’État.

En guise de conclusion

Les quatre pays évoqués ci-dessus sont ceux qui, avec la Finlande, sont allés le plus loin dans le processus de libéralisation/privatisation au sein de l’Union européenne. Leur bilan ne donne pas vraiment envie de se lancer dans une aventure où les usagers n’ont rien à gagner et les salariés de la Poste tout à perdre. Pour les premiers, on peut prévoir, à court ou à moyen terme, la suppression de la distribution du courrier dans les zones rurales (projet que l’entreprise Correos tente d’imposer en Espagne), la fin du tarif unique, la distribution cinq jours par semaine au lieu de six, et la poursuite de la fermeture des bureaux de poste. Quant aux salariés de la Poste, ils sont déjà victimes des suppressions d’emplois (plus de 300.000 dans l’Union européenne, 10.000 par an en France), du travail à temps partiel et de toutes les formes d’externalisation. La mise totale en concurrence et la privatisation ne peuvent qu’aggraver les choses.

Plus généralement, alors que la crise financière marque l’échec du capitalisme et de sa version néolibérale, il est absurde de continuer dans une voie qui conduit droit dans le mur. Livrer les services publics aux appétits du marché, c’est programmer leur destruction pure et simple. La Poste publique a fait ses preuves et, si on veut bien lui en donner les moyens, elle continuera à donner satisfaction à l’ensemble de la population.

Source : attac france

La Poste : les syndicats dénoncent les conclusions de la commission Ailleret en faveur de l'ouverture du capital

AP | 10.12.2008 | 12:32

Les principaux syndicats de La Poste ont dénoncé mercredi le pré-rapport de la commission Ailleret qui se prononce en faveur de l'ouverture du capital de l'entreprise publique sans attendre la fin des débats sur ce dossier. Après FO, la CFTC et Sud, la CGT a décidé de claquer la porte de cette commission dont elle estime que les travaux visaient « uniquement, dès le départ, à justifier la privatisation ».

Les syndicats appellent à « poursuivre et amplifier » la mobilisation contre l'ouverture du capital, « premier pas vers une privatisation », selon eux. La commission doit terminer ses travaux jeudi et le rapport final devrait être remis dans le courant de la semaine prochaine à Nicolas Sarkozy.

« Nous avons décidé de quitter cette commission parce qu'on a appris (mardi) que le rapport était déjà prêt et que lorsqu'on y a eu accès, la commission se prononçait pour l'ouverture du capital alors que les derniers débats sont censés durer jusqu'à jeudi », a déclaré mercredi à l'Associated Press Jean Souleil, l'un des porte-parole de la Fédération CGT des activités postales.

« Cela confirme ce qu'on disait depuis le départ: l'objectif de la commission, c'était uniquement, dès le départ, de justifier la privatisation de La Poste en faisant croire qu'il y avait eu trois mois de négociations et un consensus », a-t-il ajouté.

La CFTC, FO et Sud avaient déjà quitté la table des discussions fin octobre. Dans un communiqué diffusé mercredi, les trois organisations syndicales estiment « que la commission, créée (...) pour répondre à la mobilisation contre la privatisation de La Poste, pour un débat public et un référendum, a été largement instrumentalisée par l'État ».

Les syndicats dénoncent un rapport « quasi intégralement conforme au projet de La Poste, évoluant au gré de la communication du groupe, de l'aggravation de la crise et des déclarations discordantes de divers membres et proches du gouvernement et de la présidence de la République ».

Ils estiment enfin « que l'aspect social à La Poste est présenté sous un angle idyllique, chose inacceptable dans un établissement où plus de 4.300 emplois ont été supprimés ces trois dernières années et où l'inégalité salariale règne toujours entre des agents de statuts différents », et « que l'objectif premier du projet est de mettre à bas le statut d'établissement public de La Poste ».

En conséquence, les syndicats se disent « confortés dans leur mobilisation contre la privatisation, pour un débat public et pour un référendum sur le service public postal ». De son côté, la CGT « réaffirme » dans un communiqué « que l'heure est à la poursuite et à l'amplification de la mobilisation unitaire des postiers, des usagers et des élus ».

Dans son édition daté de mercredi, Le Monde révèle que le pré-rapport de la commission se prononçait en faveur de l'ouverture du capital, La Poste ne disposant « pas d'une marge de manœuvre suffisante pour mener à bien son projet industriel ».

Installée le 26 septembre dernier par Nicolas Sarkozy, la commission présidée par l'ancien directeur général d'EDF François Ailleret est composée d'élus, de représentants de l'État, de syndicalistes et de membres dirigeants de La Poste. Elle doit terminer ses travaux jeudi et devrait remettre son rapport au président dans le courant de la semaine prochaine, de source syndicale.

Depuis le 23 septembre, les principaux syndicats de La Poste, soutenus par des élus locaux, des collectifs d'usagers et les partis de gauche, se sont lancés dans un mouvement de contestation du projet d'ouverture du capital de l'entreprise publique, mais peinent à mobiliser au-delà des postiers eux-mêmes.

Source : NouvelObs.com

Appel à la mobilisation

Appel à la mobilisation :

- contre la privatisation de La Poste,
- pour un débat public et un référendum sur le service public postal.

Les organisations syndicales, politiques et associatives signataires affirment que le service public postal appartient à tous les citoyens, c’est pourquoi elles demandent l’organisation d’un vrai débat public permettant l’implication des citoyens. Ils doivent pouvoir décider de l’avenir de La Poste par un référendum.

Sacrifiant l’intérêt général à l’aventure spéculative, le Gouvernement soutient le projet, annoncé brutalement début juillet, de transformation de La Poste en société anonyme et d’ouverture de son capital.

Quand on regarde ce qui s’est déjà passé en France, notamment avec France Télécom, EDF et GDF, ainsi qu’à l’étranger, cela s’appelle une privatisation. Nous la refusons !

Il s’agit d’une offensive sans précédent contre « le noyau dur du service public ». C’est une attaque contre un symbole cher à l’ensemble de la population. C’est une attaque contre une réalité vécue, celle d’un service ouvert à tous, efficace, garant de proximité et jouant un rôle social essentiel. Que deviendraient les plus fragiles ou les plus isolés de nos concitoyens en cas de banalisation de La Banque Postale, de réduction de tournées de facteurs, de fermeture massive de bureaux de poste ?

L’ensemble des organisations syndicales, politiques et associatives signataires :
• entendent s’opposer résolument à la privatisation de La Poste. La mobilisation de toutes et de tous doit contraindre le Gouvernement à y renoncer.
• exigent que le service public soit maintenu, modernisé et rénové afin de répondre aux besoins de la population sur l’ensemble du territoire.

La Poste ne doit pas être une entreprise comme les autres. Sa vocation première, sa raison d’être c’est le service public. La Poste est un « service public national » qui est « la propriété de la collectivité », selon le préambule de la Constitution. Ce même texte définit l’égalité des droits et des devoirs, sans distinction d’origine ni de religion. Pour tous et partout, le droit à la communication, le droit à l’adresse, le droit au compte et l’accessibilité bancaire doivent figurer au premier rang des missions de La Poste.

Il est impensable que l’on puisse décider de son avenir, de la transformer radicalement sans consulter ses véritables propriétaires, les citoyens !

Sur ce sujet vital, la réflexion et la décision ne peuvent être réservées à tel ou tel cercle, aussi avisé qu’il se prétende. Il est légitime que la population, élargissant ainsi les nécessaires mobilisations des postières et des postiers, puisse débattre largement et s’exprimer directement. Si la démocratie c’est la liberté de choisir, encore faut-il que le choix soit possible. Il est juste que les citoyens, propriétaires et usagers de La Poste, les élus locaux et le monde associatif et bien sûr les postières et les postiers et leurs syndicats puissent défendre leur conception du service public. Ils sont, au-delà de la critique, à même de proposer une voie alternative à celle qu’on cherche à leur imposer au nom d’une prétendue fatalité.

D’autant que, partout en Europe et dans le monde, les privatisations postales ont engendré baisse de qualité de service, augmentation des tarifs et destructions d’emplois.

L’article 11 de la Constitution révisée ouvre le droit d’initiative citoyenne. Les citoyens doivent pouvoir décider de l’avenir de La Poste par référendum.

C’est pourquoi nous créons le Comité national de mobilisation contre la privatisation de La Poste, pour l’ouverture d’un débat public et un référendum sur le service public postal. Ce Comité est constitué des représentants des organisations syndicales, politiques et associatives déjà signataires et à venir. Il appelle à créer dans tout le pays des comités locaux, ayant pour but de rassembler toutes celles et tous ceux qui souhaitent atteindre ces objectifs.

Signez la pétition

bravo!

Juste un petit commentaire pour vous faire savoir que je suis heureuse de revoir ce site exister ( merci Gwendal de nous l'avoir signalé )
C'est toujours aussi intéressant et cette fois,j'ai décidé de poster!
C'est le jour de la poste : c'est le jour ou jamais !
Bravo pour ce que vous faites !

Merci

Merci Mob pour vos encouragements.
Gwendal est un vrai ami, même si nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout, j'apprécie sa prose et ses réflexions.
A bientôt sur ce site ou ailleurs sur la toile. Eye-wink

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