Black Bloc késako ? 2 jours au Sommet du G8 à Rostock en 2007
2 Juin 2007, le sommet du G8 réunissant les chefs d'États des 7 pays les plus riches de la planète se tient à Heiligendam près de Rostock. En marge de ce sommet se déroulent pendant une semaine les manifestations des anti-mondialisation, avec son cortège de conflits et de débats...
Les militants du Black Bloc ont opté pour la réponse violente, parce qu'ils ont constaté qu'aucune autre forme d'expression n'a plus d'écho face à nos gouvernants et que la seule réponse à la violence étatique étant susceptible de déranger les maîtres du monde reste celle de la violence. La meilleure défense aujourd'hui est hélas devenue l'attaque.
Il est important de constater que de leur côté les gouvernants n'hésitent plus à attaquer avec la même virulence activistes et pacifistes, considérant toute forme de contestation comme le vecteur d'un désordre à éradiquer. La société sécuritaire qu'ils nous mettent en place préfigure cette future épuration. La violence engendre la violence. Leur système exerce sur nous une violence quotidienne qu'il n'est plus lieu d'accepter. Ce sont eux qui provoquent la radicalisation du monde !...
La Cause du Peuple - Vidéo 68mn08 + 2 vidéos bonus
Mobilisations anti-G8 à Rostock
La manifestation Anti-G8 filmée par un caméraman amateur comme si vous y étiez !
Vidéo envoyée par Eunous
Source : Dissidence nordiste
Plus de 100.000 manifestants anti-G8 attendus à Rostock
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 02.06.07 | 11h54 • Mis à jour le 02.06.07 | 12h02
Plus de 100.000 personnes sont attendues dans la ville allemande de Rostock, samedi 2 juin, pour la grande manifestation à ce jour pour protester contre le sommet du G8, qui doit se tenir du 6 au 8 juin à Heiligendamm, vingt-cinq kilomètres plus loin.
Les manifestants contestent en justice le fait que la police les interdise de se rapprocher du village d’Heiligendamm, autour duquel une clôture de 12 kilomètres a été érigée. Certains comptent notamment bloquer des routes conduisant à ce village, et empêcher certaines délégations officielles de s’y rendre. Les anti-G8 dénoncent également le manque de légitimité de cette organisation, qu’ils accusent d’être un gouvernement officieux de la planète.
Le cortège, qui rassemble des groupes allant des communistes aux anarchistes en passant par des écologistes, se réunit actuellement autour de deux points de rencontre dans Rostock. Une marche est prévue dans le centre-ville, suivie de plusieurs discours et d’un concert en fin de journée. « Il n’y a aucun risque à venir », peut-on lire sur les sites des organisateurs. « Nous ferons une grande manifestation, colorée. Nous ne nous attendons pas à de problèmes avec la police », poursuit la déclaration, qui précise néanmoins que « les actions des semaines à venir pourront être différentes ».
Entre 13.000 et 16.000 policiers mobilisés
La chancelière allemande Angela Merkel, qui craint que ne se déroule le même type de violences qui ont eu lieu, par le passé, en marges d’autres sommets du G8, a lancé des appels au calme. Entre 13.000 et 16.000 policiers sont mobilisés depuis le début de la semaine pour éviter tout débordement, ce qui représente la plus grande opération de police en Allemagne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans le principal quartier marchand de Rostock, des commerçants ont néanmoins travaillé très tard, vendredi, pour protéger les vitrines de leurs boutiques.
La justice allemande a par ailleurs interdit une manifestation néonazie contre le sommet du G8 prévue samedi à Schwerin, dans le nord-est de l’Allemagne. La cour d’appel administrative de Greifswald a estimé que cette manifestation parallèle serait « un aimant pour des personnes violentes issus de la scène d’extrême gauche ».
En conséquence, le parti néonazi NPD a appelé ses sympathisants à manifester spontanément dans d’autres villes, et notamment à Rostock. Selon Stefan Rochow, porte-parole du NPD, une partie des autocars affrétés par le parti en route pour Schwerin se dirigeait désormais vers Rostock.
Violentes échauffourées à l’issue de la manifestation anti-G8 en Allemagne
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 02.06.07 | 16h00 • Mis à jour le 03.06.07 | 08h09
De violentes échauffourées entre policiers et quelques centaines de manifestants ont eu lieu, samedi 2 juin à Rostock, à la fin d’un défilé de protestation contre le sommet du G8, prévu du 6 au 8 juin dans la station balnéaire toute proche de Heiligendamm. Cent quarante-six policiers ont été blessés, dont 25 grièvement, et 78 manifestants ont été arrêtés, a annoncé une porte-parole de la police de Rostock, précisant que le nombre des manifestants blessés n’avait pas été encore établi samedi soir.
Les échauffourées ont éclaté en fin d’après-midi dans le port de Rostock, à la fin d’un grand défilé anti-G8, jusqu’alors pacifique, qui avait rassemblé 30.000 personnes selon la police, 80.000 selon les organisateurs. Quelque 2.000 manifestants, pour la plupart cagoulés et rassemblés dans un groupe intitulé « Schwarzer Block » (Bloc noir), avaient été repérés au milieu de la foule bariolée des manifestants. Ils ont commencé à jeter des pierres, des bouteilles, des cocktails Molotov et d’autres engins pyrotechniques sur les policiers anti-émeutes. Une course-poursuite entre les policiers et ces manifestants a suivi.
« Nous avions sous-estimé le danger d’escalade »
A intervalles réguliers, les policiers, portant casque, bouclier et matraque, chargeaient et poursuivaient de petits groupes de manifestants dans les rues et sur l’esplanade du port, où la foule des protestataires s’était rassemblée à la fin du défilé. Une porte-parole de la police a jugé que les manifestants autonomes avaient « cherché massivement la confrontation ».
Les organisateurs ont demandé aux « deux parties, manifestants comme policiers, à revenir au calme et à la modération, afin que la protestation contre le G8 puisse se poursuivre de manière pacifique ». « Il n’y a aucune justification à cette violence contre les personnes et nous nous en distançons formellement. Nous avions sous-estimé le danger d’escalade et nous essayons d’y mettre fin », a déclaré Werner Rätz, de l’organisation Attac.
Avant que n’éclatent les échauffourées, la manifestation s’était déroulée dans une ambiance colorée et bon enfant. Les manifestants, venus par autocars ou trains spéciaux de toute l’Allemagne et de l’étranger, avaient défilé en deux cortèges, sous un ciel gris et par des températures très fraiches, aux cris de « No G8 ». Le collectif des opposants au G8 prévoit encore d’autres actions de protestation avant l’ouverture du sommet, mercredi.
Source : Le Monde
Black Bloc : Présentation et analyse par un militant
Cela fait désormais quelques temps qu’on entend parler des Black Bloc, souvent dénigrés et réduits à des violences gratuites par les médias, ou au contraire encouragés par certains milieux alternatifs, sans que grand monde sache réellement de quoi il retourne.
Cependant, que ce soit du côté des militant(e)s anticapitalistes comme dans le reste du monde, le Black Bloc effraie et fascine, déchaîne bien souvent des haines assez farouches ou au contraire des tonnerres d’applaudissements.
L’aura de mystère qui entoure le phénomène contribue à en faire une légende et à alimenter bien des fantasmes quant à son existence, sa raison d’être, les motifs comme la nature de ses actions.
Parce que le sujet vaut mieux que les approximations douteuses auquel il est souvent résumé, et que l’actualité nous donne de plus en plus d’occasions d’en entendre parler et donc de nous en préoccuper, ce texte a pour but d’expliquer de manière synthétique (mais cependant non exhaustive) les qui ?, quoi ?, pourquoi ?, comment ? concernant le Black Bloc, et de proposer une analyse positive (ne le cachons pas !) de l’intérêt politique qu’il représente, de manière, peut-être, à susciter des réactions et débats à ce sujet !
Le(s) Black Bloc(s), c’est quoi ?
Un Black Bloc, c’est un ensemble d’individus ou de groupes affinitaires, qui se regroupent de manière spontanée ou organisée à un moment donné, à l’occasion de manifestations ou actions politiques.
Ce n’est ni une organisation ni un réseau centralisé d’une quelconque manière.
On ne peut donc pas vraiment parler "du" Black Bloc, mais « d’un » Black Bloc parmi d’autres, la composition de ces groupes changeant et fluctuant au gré de leurs apparitions.
Ce qui caractérise un Black Bloc, c’est d’abord le fait que les individus et groupes le composant se définissent majoritairement comme anarchistes et proposent une perspective libertaire sur le(s) thème(s) de la manifestation ou action en question. Ce qui rend cependant le Black Bloc « visible » et singulier, c’est le fait que ses participant(e)s sont généralement vêtu(e)s de noir et portent un masque, un foulard ou une cagoule. Rassemblé(e)s, ces différentes personnes forment ainsi un bloc noir.
Désignés comme tels, les Black Blocs sont apparus aux États-Unis dans le cadre des manifs contre la guerre du Golfe en 1991. C’est plus précisément le 30 novembre 1999 à Seattle, lors des actions de résistance au congrès de l’OMC, que des Black Blocs se sont particulièrement illustrés, et ont largement attiré l’attention des médias comme d’une partie des manifestant(e)s.
Cependant, le Black Bloc n’est pas un phénomène nouveau. Il est directement inspiré des mouvements d’ultra-gauche européens, comme le mouvement autonome allemand des années 1980, dont les acteurs et actrices s’habillaient en noir, étaient masqué(e)s, combattaient la police dans la rue et proposaient une critique et une pratique radicales, en rupture avec les modes de protestation traditionnels.
Par ailleurs, le Black Bloc n’est pas « le » mouvement anarchiste, qui existe sous de multiples autres formes très diversifiées. Le Black Bloc n’en est qu’une des formes ; c’est un mode d’organisation et d’action parmi d’autres.
Un Black Bloc, pourquoi ?
Il existe tout un tas de raisons pour lesquelles des anarchistes constituent des Black Blocs lors des manifs. En voici quelques-unes.
La visibilité : se regrouper de la sorte permet de montrer en quoi l’anarchisme représente une force politique importante, souvent ignorée et méconnue. C’est l’occasion de promouvoir des perspectives anarchistes sur les problèmes politiques soulevés lors des manifs/actions.
Les possibilités : évoluer en groupes permet de réaliser des actions parfois illégales et qu’il serait dangereux de faire de manière isolée. De plus, l’anonymat du Black Bloc rend plus difficiles les arrestations. Certains types d’actions pratiqués (destruction de la propriété privée, etc.) peuvent également ouvrir des perspectives de radicalisation politique (voir plus bas).
Black Bloc : où, quand, comment ?
Les premières manifestations significatives de Black Blocs organisées autour de buts précis eurent lieu à Seattle, fin-novembre/début-décembre 1999, à l’occasion du Congrès de l’OMC. D’énormes manifestations et actions eurent lieu, rassemblant une large palette de groupes, collectifs et revendications politiques, allant du contrôle citoyen de l’OMC (par les partisan(ne)s d’un « capitalisme à visage humain ») à la destruction des structures oppressives de l’OMC comme du pouvoir en général (par les partisan(ne)s d’une révolution totale de la société). Cette dernière tendance était animée par les anarchistes, qui, très nombreux(ses), se sont impliqué(e)s dans un vaste éventail d’activités (médias alternatifs, action directe non-violente, manif festive, ouverture d’un squat, etc.).
Les manifestations et actions furent cependant vite caractérisées par une répression policière incroyable. Environ 200 personnes constituant des Black Blocs ont entrepris de s’attaquer à la propriété privée des multinationales jonchant le parcours de la manif. Des vitrines de banques, de magasins Nike, de cafés et commerces bourgeois furent brisées, et certains magasins pillés, causant environ 7 millions de dollars de dommages aux multinationales en question. Des slogans furent également peints sur les murs de la ville, et le mobilier urbain (poubelles, panneaux...) fut transformé tantôt en outil de destruction de vitrine, tantôt en barricade ou encore en feu de joie selon le cas.
Pendant plusieurs heures, certaines parties de la ville furent ainsi libérées des présences agressives de la police comme des multinationales et constituèrent des Zones Autonomes Temporaires. Les critiques ne manquèrent pas, et le « débat » sur le Black Bloc commença...
Les 16 & 17 avril 2000, à Washington, se tenait une réunion du FMI et de la Banque Mondiale. Une mobilisation également très forte eut lieu, rassemblant toutes les composantes de l’opposition à la mondialisation et/ou au capitalisme. Un Black Bloc (Revolutionary Anti-Capitalist Bloc B RACB) d’environ 1.000 personnes y fut très présent, optant cependant pour une tactique résolument différente de celle mise en pratique à Seattle. Le Black Bloc concentra tous ses efforts sur la police, parvenant à faire reculer les lignes de police à plusieurs reprises, à forcer les barrages policiers, à libérer des personnes arrêtées, à entraîner la police au-delà de son propre périmètre pour l’affaiblir, à défendre les militant(e)s pratiquant la désobéissance civile contre les agressions policières et à leur permettre d’aller plus loin. À cette occasion, le Black Bloc fut manifestement une force incroyable qui permit à l’ensemble de la manifestation d’aller de l’avant.
Des Black Blocs étaient également présents lors des conventions républicaine et démocrate, bien que leur action y ait été moins importante qu’à Seattle ou Washington.
À l’occasion de la Convention du Parti Républicain à Philadelphie les 1 & 2 août 2000, le Black Bloc (Anti-Statist Black Bloc B ASBB) prit activement part aux manifestations et publia ensuite un communiqué explicitant leurs attaques contre la propriété privée et le matériel de la police commises pendant les manifestations. À noter qu’un Clown Bloc fut également de la partie, parodiant le monde politique institutionnel à travers une pratique subversive du théâtre de rue, réprimée par la police.
Du 14 au 17 août 2000, la Convention du Parti Démocrate à Los Angeles fut également le siège de manifs et actions diverses. La police dispersa violemment un concert en plein air de Rage Against The Machine à côté du centre ou avait lieu la convention. Des membres du Black Bloc furent tout particulièrement victimes de la brutalité policière (l’un d’eux fut bombardé de balles en caoutchouc et de gaz au poivre alors qu’il agitait un drapeau noir au-dessus d’un grillage), et répondirent en repoussant les flics à coups de projectiles divers.
Anonyme
Source : infokiosques
Le Black Bloc face au politicaly correct
Beaucoup de choses sont dites sur le Black Bloc, mais peu le sont avec discernement et bon sens, car en vérité personne n'est capable de livrer un témoignage qui aille à l'encontre de la bien-pensance commune qui ne sait que criminaliser ce qu'il juge comme déviant, ceci ne méritant pas d'être compris, ni même analysé. Comment rétablir la vérité sans être qualifié d'extrémiste ou de laxiste, voire d'idiot ou de menteur ? Je prends le risque...
J'ai moi même été de la vague noire, faisant le choix de me couvrir le visage pour échapper aux images des profilers de la police, et parce que je me devais d'être immergé pour comprendre leur fonctionnement, ce qu'aucun des journalistes qui inondent leurs journaux d'injures à l'encontre des Black Blocs n'a su faire.
J'ai décidé de reprendre les principales critiques entendues à l'encontre des Black Bloc pour faire un faux dialogue qui servira d'analyse. X et Y seront les deux interlocuteurs de ce dialogue. Pour rendre celui-ci plus réaliste, il faut imaginer que X et Y sont ou ont été témoins d'un sommet du G8 où les Black Bloc se retrouvent confrontés à la police. Je représente Y :
X - Qui sont les militants du Black Bloc en réalité ?
Y - Le Black Bloc est un groupe de militants autonomes qui ne se constitue que dans le cadre des grands sommets anti-capitalistes et alter-mondialistes. En général issus de tendances radicales, ils sont aussi bien anarchistes que communistes, et viennent des quatre coins du globe. Ils ne sont pas une organisation constituée avec des statuts ou des instances dirigeantes, mais se reconnaissent dans certains principes et se réunissent de façon spontanée lors de ces sommets.
X - Quels principes peuvent-ils avoir ?
Y - En général, leurs actions visent les symboles d'un système qu'ils réprouvent, qui est celui du capitalisme, renforcé par le consumérisme et l'idéologie libérale. Ainsi, ils s'accordent pour n'attaquer que les Banques, les Assurances, les Fast-food, les concessionnaires automobiles et autres symboles évidents de la mainmise du profit sur les échanges...
X - Pourtant je les ai vu clairement s'attaquer à des voitures, briser des vitrines...
Y - A cela je vous répondrai qu'il est simple de réduire un mouvement social à ses débordements. Dans toute manifestation de passion, il existe des personnes qui se joignent à la foule sans en respecter les principes ni même s'en informer. Il y a malheureusement toujours des hooligans qui trouvent dans ces actions politiques un moyen d'éprouver leur besoin d'adrénaline. Je vous dirai également qu'au sommet du G8 en Écosse, j'ai vu clairement des membres du Black Bloc prendre à parti un casseur qui venait de casser un pare-brise de voiture en lui faisant comprendre que s'il l'y reprenaient, ils le laisseraient se débrouiller avec la police.
X - Et que faites vous des gens qui vivent de ces commerces que le Black Bloc met à sac ?
Y - Avant de répondre, je rectifierais d'abord le terme utilisé : « mettre à sac » sous-entend un pillage, ce qui n'est pas le cas. Le Black Bloc ne prend pas l'argent ou le mobilier des locaux qu'il attaque, si ce n'est pour s'en servir comme bélier ou comme barricade. D'autre part, laissez moi vous dire que les banques, assurances et autres concessionnaires sont largement en mesure d'indemniser leurs employés pour le chômage technique de courte durée que peut entraîner le passage du Black Bloc. Ce sont en général des structures multinationales qui brassent des milliards de dividendes et qui à côté de ça ne font preuve d'aucune mansuétude concernant les rémunérations de leurs salariés. Quant aux fast-foods, s'il y a réellement des gens qui croient que ce sont des entreprises qui permettent de faire vivre une famille, ils sont étonnement naïfs. Ces chaînes de la malbouffe emploient en général des étudiants en contrats précaires, dans des conditions de travail et d'hygiène toute relative, tout en contribuant à la détérioration de la santé alimentaire. Ils fondent leur succès sur le doublet « nourriture de basse qualité » + « main d'œuvre corvéable »... Toutes ces entreprises sont avant tout lucratives et contribuent très peu à la bonne marche de la société !
X - Mais alors s'ils sont si forts de principes moraux préétablis, pourquoi se cachent-ils derrière des cagoules ? C'est sans doute qu'ils ont quelque chose à se reprocher !
Y - Non, car le but premier des cagoules noires, c'est d'être anonyme, de ne pas personnifier la lutte que l'on mène. Vous savez, la culpabilité est une chose très subjective : de nos jours la contestation du système en place, donc voulue par la majorité, est de plus en plus criminalisée. Nous sommes entré dans la logique qui prévaut aux États-Unis et qui consiste à dire « si tu n'es pas pour ma vision de la liberté, alors tu es contre la liberté ». La loi utilise désormais l'argument de la lutte anti-terroriste pour s'attaquer aux groupes contestataires de gauche, qui défendent un idéal de société qui n'est pas celui de la majorité. Dans cette optique, les moyens policiers mis en œuvre pour déceler, ficher et traquer les activistes sont de plus en plus perfectionnés et le risque d'être arrêté pour avoir manifesté son désaccord de plus en plus grand. Le camouflage est alors le seul moyen qu'il reste pour échapper aux caméras de la police scientifique et espérer pouvoir dans un avenir toujours plus sécuritaire, avoir une vie en dehors de la contestation sans subir le harcèlement de la police...
X - Admettons, mais alors pourquoi avoir choisi la couleur noire, qui a une valeur si négative ?
Y - Là encore, si dans l'inconscient collectif le noir a une valeur négative, c'est qu'il reste un travail à accomplir. Comment pouvez-vous espérer un jour mettre sur un même pied d'égalité le peuple noir et les autres peuples si nous perpétuons ce genre d'idées préconçues ? Alors évidemment, c'est aussi parce que le noir évoque la nuit, le néant, l'inconnu... Mais là aussi, ce sont nos peurs qu'il faut travailler, pour éliminer ces angoisses venues d'autres temps et qui nous font craindre ce qui est inconnu. J'ai envie de croire que si les anarchistes ont choisi le noir, c'est parce qu'il incarne l'absence de couleur, donc d'appartenance. C'est justement la revendication de ce qui reste inexploré face à une société dont les couleurs, le domaine du connu, n'ont pas forcément su apporter l'équilibre. Et puis il y a la volonté d'impressionner, de provoquer des émotions pour avoir plus d'impact sur cet inconscient trop facilement modelé par les conventions...
X - Pourtant, je ne peux pas croire que la violence soit une solution. La violence n'engendre que la violence et ne peut en aucun cas apporter une alternative au système qu'ils contestent !
Y - Je vous étonnerai sans doute en disant que les véritables militants du Black Bloc sont des pacifistes convaincus. S'ils ont choisi la violence, c'est parce qu'elle est le résultat même d'une société qui ne sait qu'imposer la violence. Le système capitaliste exerce sur les populations une violence bien plus pernicieuse que celle que peut exercer un Black Bloc sur les forces de police. L'actionnariat jette sur la paille des millions de foyer chaque année et exerce sur les pays pauvres une pression absolument démesurée en voulant leur imposer les lois du marché. Le G8 et le FMI prétendent œuvrer contre la misère et axent leur travail sur l'idée que la croissance, le développement et les crédits avec intérêts sont un bienfait pour l'humanité, alors qu'en réalité ils sont en grande partie responsables de la faim et surtout des guerres. Le capitalisme tue, tandis que le Black Bloc ne fait tout au plus qu'abimer les forces de police. Quoi qu'on puisse en dire, je sais pour les avoir fréquenté que les militants du Black Bloc ne sont pas des délinquants violents et haineux. Par contre, ils sont en colère. Ils sont l'expression la plus visible de la colère que peut provoquer l'économie capitaliste. Et la colère, quoi qu'en dise la morale chrétienne, est une émotion saine. La question qu'il faut se poser n'est pas de savoir si la colère du Black Bloc est légitime, mais qu'est-ce qui dans notre système est mauvais au point de susciter ce genre de passions ? Un système véritablement sain n'engendrerait pas ce type de manifestation, sauf si la violence était génétique, théorie eugéniste digne du IIIème Reich que certains politiciens libéraux voudraient remettre au goût du jour pour mieux discréditer ceux qui sont en marge...
X - Mais cela a t-il un sens de s'attaquer aux forces de police ? Elles ne font pourtant que leur travail ! Les policiers ne sont pas responsables de ce que font les dirigeants !
Y - Le policier qui intègre les forces de maintien de l'ordre sait exactement pourquoi il s'engage et sait à quoi s'attendre lorsqu'il prend ses fonctions dans une brigade anti-émeute. Si son courage et son sens du devoir est évidemment à louer, il ne faut cependant pas oublier qu'il représente le pouvoir en place et qu'il en assure la protection. De ce fait, ce n'est pas tant la société qu'il protège contre la criminalité, mais les élites dirigeantes qu'il protège de la critique. Il ne faut pas oublier que les brigades anti-émeutes, comme l'armée, sont une fraction des forces de « l'ordre » qui est à l'image du pouvoir en place. Si ce dernier devient totalitaire, sa police le devient tout autant. Si le policier n'est pas en mesure de se rendre compte de l'évolution répressive de sa fonction, alors il partage la responsabilité de cette dérive. Il ne s'agit pas ici des polices de proximité, de la police routière, de la police judiciaire ou purement criminelle, qui sont indispensables. Les forces militaires ou paramilitaires sont l'expression de l'échec social.
X - Mais comment expliquez-vous certaines altercations entre les activistes du Black Bloc et les autres militants ?
Y - Au risque de subir les foudres de certains pacifistes et autres modérés, j'ai envie de dire que beaucoup même au sein de la contestation ne ressentent pas suffisamment la violence inhérente au système capitaliste pour comprendre le Black Bloc. Même si la plupart a compris la gravité de la situation et les dangers que représente ce système, beaucoup croient au réformisme ou à la lutte Ghandienne, mais c'est ignorer les réalités historiques. Ce n'est pas la raison qui défait les injustices, ce n'est pas le pacifisme qui fait les révolutions ; de tous temps c'est la passion qui a engendré le progrès, parce que les passions sont le moteur de la création et du dépassement de soi. Depuis un siècle, avec les drames humains qu'a connu le monde, la société a voulu inhiber les passions parce qu'elles engendraient la guerre. Mais c'est mépriser le progrès que de croire qu'il viendra avec la seule raison. L'imagination, l'innovation, les nouveaux records, ce sont la passion, la déraison qui les engendrent : la colère, la foi, l'amour... Nous ne voulons plus prendre le risque de sortir des sentiers battus, de nous confronter au risque de nous affronter. Et puis Gandhi, laissez moi vous dire que ce n'est pas sans effluves de sang qu'il a obtenu l'indépendance de l'Inde, relisez l'histoire ! D'ailleurs j'ai vu de prétendus pacifistes être drôlement agressifs envers les militants du Black Bloc, quand ceux-là gardaient un calme étonnant...
X - Exprimer sa colère peut se défendre, mais les militants du Black Bloc ont-ils véritablement un projet, des idées, des propositions alternatives ?
Y - Voila une question cruciale ! Je tiens d'abord à dire que si les médias s'intéressaient d'avantage à ce que ces activistes ont à dire, ils seraient surpris d'entendre des choses incroyables de réalisme. Le Black Bloc est porteur, comme beaucoup de militants des diverses tendances de gauche, de nombreuses idées concernant une société meilleure. Si leur idéal est souvent auto-gestionnaire, il y a également beaucoup plus que ça dans la mouvance libertaire. Ce ne sont pas les nihilistes qu'on voudrait nous dépeindre, ni les ignorants qu'on nous décrit parfois. J'y ai vu des étudiants en maîtrise, des futurs ingénieurs, des gens qui pensent assez pour avoir fait le constat de la faillite du système capitaliste. Il n'est pas rare qu'ils s'entendent avec les militants d'ATTAC ou d'autres mouvements de la gauche plus modérée, puisqu'en réalité leur désir premier serait que le peuple ait simplement la parole, qu'il puisse s'exprimer véritablement, dans un système plus égalitaire, mais surtout qu'il puisse décider de sa propre destinée. Leur idéal est libertaire. Leur ennemi, ce sont le profit, l'actionnariat et la spéculation, l'accumulation des richesses, la croissance, le crédit avec intérêt, le colonialisme, l'inégalité dans la rémunération du travail, les discriminations... Le pouvoir de l'argent, le règne de l'égoïsme, voila leur vrai ennemi. Leur projet, il est construit, précis, mais personne ne prend la peine de s'asseoir autour d'une table avec eux pour en évoquer tous les aspects... L'autisme des instances gouvernantes est révélateur de l'égoïsme qui y prévaut.
X - Comment expliquez-vous que les médias ne leur aient jamais donné la parole ?
Y - Les médias sont malheureusement souvent là pour relayer la pensée dominante et pour ne pas trop gêner leur public. Donner la parole au Black Bloc, ce serait légitimer ce que le pouvoir considère comme de la sédition, du terrorisme. Sans compter que l'indépendance des médias est de moins en moins réelle et que la censure est loin d'avoir disparue, elle a seulement changé de forme. C'est essentiellement pour ces raisons que les militants du Black Bloc se méfient énormément des journalistes, parce que ceux-ci cherchent généralement à conforter l'opinion dans ses craintes sans jouer le rôle objectif qui devrait être le leur.
Crixus Nada
Source : Dissidence Nordiste
Pour en savoir plus :
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Des black blocs pas vraiment sans Gênes... Sur le contre-sommet de juillet 2001 à Gênes : - "Introduction" par Zanzara athée - "Blindés, frontières fermées, armée dans les rues... Voilà la Démocratie !" par Eleonora - "Déclaration d’activistes du black bloc" - "Communiqué d’un groupe affinitaire actif au sein d’un black bloc lors de la journée d’actions et de la manifestation des 20 et 21 juillet 2001 à Gênes" - "Lettre de l’intérieur du black bloc" par Mary Black - "Critique du mouvement "anti-mondialisation" : Gênes : lutte de classe ou marché du militantisme ?" par P.R.O.L. - Bibliographie - Glossaire Lire la brochure télécharger le PDF (751.8 ko) Des black blocs pas vraiment sans Gênes (32p.A5 - version simple) C’est une brochure A5 prête à être photocopiée en recto-verso. |
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Pour une Internationale voyoute Ce texte a été rédigé à la suite des émeutes qui ont eu lieu à Genève lors des manifestations organisées contre l’Organisation Mondiale du Commerce, en mai 1998. Reprenant diverses citations anti-émeutières significatives, issues des médias suisses, Mademoiselle C enchaîne en appelant à une délinquance révoltée et assumée. Lire la brochure télécharger le PDF (490.7 ko) Pour une Internationale voyoute 20 pages (format à l’italienne) |
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Seattle, 30 novembre 1999 Du bon usage de la théorie Retour sur les émeutes de fin novembre 1999 qui ont eu lieu à Seattle à l’occasion d’un sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce... Au sommaire : - Communiqué du black bloc du 30 novembre à propos de Seattle, par le collectif ACME - Seattle : point de vue anarchiste radical, par un groupe d’intellectuels activistes - Déclaration de solidarité avec le "Black bloc anarchiste" de Seattle, par l’initiative pour une Fédération des communistes libertaires du Nord-est - Solidarité avec les anarchistes arrêtés à Seattle, par Seattle Legal Defense - Pourquoi il faut toujours manifester masqué, texte anonyme Lire la brochure télécharger le PDF (120.4 ko) Seattle, 30 novembre 1999 16 pages A5. |
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Black Bloc(s), au singulier ou au pluriel... mais de quoi s’agit-il donc ? Qu’est-ce qu’un black bloc ? Voici un historique, axé sur le renouvèlement de cette pratique, notamment en Amérique du Nord, depuis les années 1990 jusqu’à l’été 2000 (en passant, bien sûr, par les journées de Seattle en 1999). Lire la brochure telecharger le PDF (617.5 ko) Black Bloc(s), au singulier ou au pluriel... mais de quoi s’agit-il donc ? 32p.A5 |
Une liste de brochures en ligne (gratuites en Pdf)
sur la mouvance autonome, Insurrections, révoltes, émeutes, Contre-sommets






Black bloc
Pas mal ce texte explicatif sur ce mouvement et ses idées que je viens de découvrir, car en effet les médias ne font guère leur travail honnêtement ou intelligemment.
Pour mettre mon grain de sel, à propos des structures multinationales, si ce n'était que les rémunérations de ses salariés, eux ils doivent pouvoir se défendre. Ces multinationales et les états qui les servent sont complices et à l'origine de l'exploitation des hommes, femmes, et enfants des pays dans lesquels ils "délocalisent" leur prédation, rendant encore plus inhumaine leur emprise sur les richesses de la planète.
Ils violent sans cesse et de plus en plus intensément la charte des droits humains, qu'ils font semblant de soutenir.
Alors merci à vous tous qui lutter pour ressaisir notre humanité.
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