La prise : Autogestion en Argentine après la crise de 2001
Après la fuite des capitaux en 2001, des milliers d'entreprises argentines se sont retrouvés sur le carreau, abandonnées par leurs dirigeants. Certains salariés ont alors décidé de se fédérer pour relancer eux-mêmes ces entreprises, pilotées selon un principe de démocratie directe.
Dans ce contexte de crise capitaliste, les travailleurs argentins tentent de résoudre leurs propres besoins : conserver leur travail, se nourrir, couvrir les besoins de leurs familles, défendre le droit à une vie digne. Cependant, ils se trouvent confrontés au système qui les exclut et rivalise avec lui. Les coopératives développent un caractère alternatif de production et d’organisation, en recréant des relations sociales et en constituant un outil efficace, bien que perfectible, de transformation populaire. La montée en puissance du mouvement de « récupérations » des entreprises en Argentine constitue une première étape de rupture avec le système capitaliste dans sa version libérale et de construction de pratiques autogestionnaires. La question de la propriété collective est au cœur de ce processus...
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Argentine : entreprises « récupérées » ou autogérées
Richard Neuville a réalisé en octobre 2003 une enquête sur les occupations et les reprises d’entreprises par leurs salariés après l’effondrement argentin de 2001. La première partie de l’article fait la synthèse de l’enquête ; la seconde partie analyse les débats stratégiques nés de cette situation et de ce mouvement.
« Si l’autogestion passait à des formes pratiques et concrètes et ne s’en tenait pas à des déclarations de principe, non seulement on s’interrogerait sur le mauvais fonctionnement de ce qui existe, si non sur la possibilité d’instaurer une économie alternative à caractère social, ce qui conduirait à rompre avec le discours hégémonique des 5 dernières années et le règne du marché » - Gabriel Fajn.
L’Argentine vit une crise historique profonde tant du point de vue politique qu’économique :
- Au niveau politique, les contradictions internes entre les différentes fractions de la bourgeoisie ont contribué à la crise financière, avec d’un coté les tenants de la « financiarisation » de l’économie (dollarisation) et de l’autre les exportateurs pénalisés par la parité dollar / peso et défendant le décrochage du dollar. Une gauche (extrême gauche) très impliquée dans le mouvement social mais extrêmement divisée. Au centre, des organisations syndicales (CTA et CGT rebelle) et des courants du péronisme tentant vainement de proposer une politique d’alternance.
- Au niveau économique, le modèle d’accumulation et de concentration financière a provoqué la fermeture continue d’entreprises dans le secteur industriel, la rupture interne de circuits commerciaux et la marginalisation de secteurs importants de la production. Les 4 années de récession qui ont précédées la crise, ont généré une économie qui est entrée dans un cycle de dépression, caractérisé par une forte chute de la demande, du produit intérieur brut et de l’investissement. C’est dans ce contexte qu’a éclaté l’insurrection du 19-20 décembre 2001. Ce mouvement a vu l’émergence de nouvelles formes de lutte et de résistance : les assemblées populaires et la récupération des entreprises par les travailleurs et le renforcement des mouvements « piqueteros » qui existe depuis près de 10 ans. Parmi les formes d’auto organisation du mouvement ouvrier argentin, les entreprises « récupérées » ont un rôle déterminant et contribuent à l’émergence de véritables pratiques autogestionnaires.
Depuis un peu plus de deux ans, un important mouvement d’occupation d’entreprises et de reprise de la production par les travailleurs eux-mêmes sous la forme de coopératives, est en train de se développer en Argentine. C’est d’abord le résultat de fermetures d’entreprises du secteur industriel liées à la crise économique mais également à une gestion défaillante voire frauduleuse. Ce mouvement s’est développé dans un contexte de destruction des forces productives provoquée par la profonde crise qui affecte ce pays.
Ce phénomène se produit avant la fermeture ou la crise terminale des entreprises et consiste à proposer la poursuite de l’activité de l’entreprise sous la forme de l’autogestion ouvrière. Ces expériences se sont converties comme un des emblèmes des réactions que la société argentine présente devant le modèle d’exclusion. Parmi les syndicats, seules la Centrale des Travailleurs Argentins (CTA) et certains secteurs non bureaucratiques de la Confédération Générale des Travailleurs (CGT) accompagnent ce processus et sont véritablement engagés. La CTA se distingue en y accordant une place toute particulière. Elle est présente en contribuant au fait que ces expériences qui surgissent comme un moyen de survie, se convertissent en alternatives aux règles du jeu du système, fassent partie de l’articulation de nouveaux réseaux sociaux et génèrent des instances d’organisation dans la lutte des travailleurs avec une conception politique qui permette la construction d’un projet politique et social.
Le phénomène n’est pas nouveau car il existe des antécédents qui remontent à plus de 40 ans. Les coopératives IMPA, Lozadur, CITA, CAT, El Progreso, etc sont connues. Elles se sont formées à partir d’importantes usines et elles ont traversé différentes étapes dans leur développement.
Ces dernières années, des centaines d’entreprises ont fermé leurs portes (environ 1 millier par an en moyenne) et ont entraîné la perte de centaines de milliers de postes de travail. Cette situation a installé la peur et l’insécurité pour les travailleurs qui conservent leur emploi et a impulsé le désespoir pour ceux qui le perdent. Parmi ces derniers, face à l’abandon des capitalistes, de plus en plus se retranchent sur leurs lieux de travail, décident d’occuper les usines, résistent aux tentatives d’expulsions par le moyen de batailles légales et physiques pour enfin gérer la production. Il s’agit bien d’un processus pragmatique, il n’y a aucune prédétermination idéologique. Au contraire, c’est la crise du capital qui a déplacé l’axe de la lutte, en la sortant de l’orbite de la distribution de la richesse et en la remettant dans le cadre des propres relations de production avec le questionnement du sacro-saint principe de la propriété privée. Il s’agit d’un processus objectif mais qui diffère de la tendance historique, qui se construit en différentes étapes et périodes, avec une force et une intensité, le travail a essayé de déplacer le capital, en le remplaçant par l’organisation ouvrière, en cherchant à prendre le contrôle des entreprises. Selon les estimations d’Eduardo Lucita de l’association des économistes de gauche (EMI), il y aurait autour de 1200 entreprises qui se trouveraient dans cette situation - qui se sont endettées réellement ou de manière fictive, qui ont transféré des actifs à des tiers, ont des dettes d’impôts et envers les services publics - qui terminent en recourant au concours préventif ou direct à la déclaration de faillites. Toutes ces situations produisent la perte de postes de travail, et il n’y a pas d’autres alternatives que de contenir les conséquences sociales avec des plans d’assistance et de développement économique qui dans peu de cas ont donné des résultats. En général, les secteurs les plus touchés sont dans les industries qui se caractérisent par une importante main d’œuvre, situation qui provoque l’expulsion du marché du travail des milliers de travailleurs qualifiés avec une expérience et une culture d’ouvriers industriels.
Face à cette situation, les travailleurs défendent l’outil de travail par l’occupation matérielle des entreprises dans le but de redémarrer plus tard le processus de production sous une forme de gestion directe. Ils entendent imposer leur décision avant l’application d’une décision de justice : la déclaration de faillite et ensuite l’expropriation de l’entreprise. Ce phénomène, s’il ne constitue pas une réponse globale à la problématique, constitue une alternative concrète dans des situations ponctuelles en offrant des variantes qui permettent des sorties soutenables avec d’indubitables avantages sociaux dans la mesure où elles permettent aux travailleurs de conserver leur poste de travail et la culture industrielle, en évitant l’improvisation dans de nouvelles activités et fondamentalement en maintenant leur conscience de classe.
Selon Gabriel Fajn, coordinateur du groupe de recherches en sociologie à l’université de Buenos-Aires et responsable du Département du Coopérativisme, qui a analysé le phénomène des entreprises « récupérées » : il s’est créé 180 entreprises sous gestion ouvrière directe en 2 ans avec plus de 15 000 travailleurs organisés en coopératives ou sous le modèle du contrôle ouvrier. Dans 90 % des cas, les postes hiérarchiques ont été éliminés et un système égalitaire de redistribution des bénéfices a été instauré. Dans 70 % des cas, la production atteint déjà ou dépasse les niveaux antérieurs. Il existe des cas comme celui de Avellaneda (entreprise de métallurgie) où 19 travailleurs ont déjà été embauchés pour couvrir la demande qui est supérieure de 50 % à la production antérieure. En deux années, ils ont payé les crédits, ils ont acheté des machines, ils ont agrandi les locaux et les salaires sont quatre fois supérieurs. Dans 80 % des cas, les entreprises autogérées fonctionnent avec des petites unités de production : 38 travailleurs en moyenne. Seules 2 % ont plus de 100 travailleurs. Elles se répartissent en différents secteurs d’activité : la métallurgie qui représente 25 %, l’alimentation, le textile, la plasturgie, l’imprimerie, la santé (cliniques) et l’éducation (écoles). Il s’agit d’un phénomène fortement ancré dans les zones suburbaines qui ont concentrées pendant des décennies la principale production industrielle et particulièrement sur 2 pôles géographiques : Buenos Aires et Santa Fe mais il en existe dans l’ensemble du pays : Cordoba, Mendoza, Neuquén et en Terre de Feu.
De ce processus, deux structures institutionnelles sont nées : le Mouvement National des Entreprises Récupérées (MNER) qui regroupe une importante majorité des coopératives de production, indépendante de l’État et la Fédération Nationale de Coopératives de Travail d’Entreprises Reconverties (FENCOOTER) qui est plus liée à l’État. Dans d’autres entreprises, les travailleurs, plus liés aux partis de la « gauche » moréniste, ont fait un choix différent, ils n’ont pas créé de coopératives, ils occupent les entreprises et réclament l’étatisation sous contrôle ouvrier. Comme on le constate, le mouvement de récupération d’entreprises argentin est également traversé par le débat historique entre l’étatisation sous contrôle ouvrier et le coopérativisme, débat déjà présent dans la 1ère Internationale.
1.Le secteur coopératif
Pour Rufino Almeida, syndicaliste de la Fédération des Travailleurs de l’Industrie et Assimilés (FETIA) affiliée à la Centrale des Travailleurs Argentins (CTA) et chargé du suivi des entreprises autogérées liées au MNER, les processus de récupération d’entreprises sont compliqués et confrontés à des difficultés légales, techniques, organisationnelles et économiques.
Dans la majorité des cas, la forme juridique de coopérative de production est adoptée mais il y a des situations transitoires qui prennent d’autres formes. La situation offre différents états d’évolution et de typologie. On rencontre des usines qui fonctionnent de manière autogérée, des entreprises occupées, des entreprises fermées où les travailleurs protègent les biens jusqu’à ce que les conflits permettent une sortie de ce type. Tout dépend de l’état de la lutte en fonction des aspects juridiques du conflit. Il existe des oppositions au fait que les travailleurs puissent autogérer une entreprise avec efficience et compétitivité. Ce point de vue règne dans les sphères judiciaires et politiques qui tentent d’empêcher le développement de plusieurs récupérations d’entreprises. Il ne s’agit pas d’une utopie si non d’une alternative à une situation non désirée, comme la fermeture d’entreprises, pour laquelle est nécessaire de dépasser le paradigme de l’entreprise traditionnelle et résoudre dans l’économie sociale, dans un contexte défavorable, un sérieux problème qu’a provoqué le système capitaliste. Le point de départ est de travailler sur les capacités et les marchés que le capitalisme le plus dynamique a déprécié mais qui dans le contexte actuel de l’économie argentine sert à trouver des solutions vertueuses aux graves problèmes sociaux.
Dans beaucoup de cas, la formation de coopératives de production a stimulé les licenciés, cependant il résulte que la création de ces entités ne génère pas d’emplois. Les coopératives sont une forme d’organisation démocratique, efficiente, qui accorde la priorité à l’utilisation de la main d’œuvre de ses associés. Mais la généralisation de l’emploi soutenable provient de l’innovation et de l’utilisation de l’intelligence collective des travailleurs.
Pour la FETIA, il existe trois aspects ou conditions sur lesquelles il faut travailler, en les abordant conjointement car elles sont conditionnées : en effet, un bon projet avec un groupe de travailleurs capables de le porter peut échouer du fait de ne pas pouvoir supporter les actifs de l’entreprise et vice et versa, il y a des expériences qui possèdent des installations et qui ne peuvent pas régler les problèmes de marché :
- Les aspects juridiques et patrimoniaux
- Le projet de la coopérative
- L’aspect organisationnel
Les aspects juridiques
En général, presque tous les processus se terminent par un jugement de faillite judiciaire. Cependant, dans quelques cas, l’alternative peut s’effectuer par le transfert d’actifs et de passifs de l’entreprise à la coopérative ou on peut parler d’un régime de participation. Dans la majorité des cas, un contrat de location est établi entre la coopérative et le tribunal où est domiciliée la faillite.
Dans un certain nombre de cas, l’expropriation des actifs produits par les faillites est prononcée par décret de la province ou de la ville de Buenos-Aires. Mais elles restent provisoires tout pendant que l’État n’effectue pas le règlement des dettes.
On peut observer que les possibilités de prise en compte du projet autogestionnaire par le juge augmentent quand les travailleurs occupent l’usine, indubitablement la question sociale est prise en compte et que la poursuite de la production est un objectif avoué bien que la totalité des créances ne soient pas honorées, circonstance qui dans la pratique ne l’auraient pas été non plus. La forme juridique et organisationnelle à constituer par les travailleurs autogestionnaires, dans le cadre actuel, s’oriente vers la coopérative de production. Cette forme d’un point de vue philosophique et d’organisation interne répond aux objectifs d’une entreprise gérée démocratiquement par les travailleurs.
Le projet de la coopérative
Les antécédents de faillites ou de fermetures d’entreprises dans lesquels s’est projeté ce type d’action indiquent que dans tous les cas l’équipement et l’infrastructure sont techniquement obsolètes et surdimensionnés du fait de l’absence d’investissement et du manque de rentabilité dans l’entreprise antérieure. De plus, en général, ces entreprises appartiennent à des secteurs productifs qui déclinent, c’est pourquoi un projet alternatif, ne pourra pas être comparable au régime antérieur de l’entreprise. La récupération de la chaîne commerciale peut se convertir comme un objectif initial, ce défit implique que la gestion acquiert une crédibilité vis-à-vis des clients et des fournisseurs, en luttant contre le manque de capital productif comme un des inconvénients les plus visibles. L’expérience montre que dans la majorité des cas, l’exploitation de l’usine se réalise dans une première étape, sous la modalité de « la façon » c’est à dire d’un service industriel à des clients qui fournissent la matière première et retirent le produit pour la commercialisation ou les transformations postérieures.
Cette modalité a l’avantage de ne pas avoir besoin de capital productif et elle évite l’étape de commercialisation, dans les cas où les travailleurs ne possèdent pas d’expérience ou ne la maîtrisent pas. L’inconvénient principal est la faible rentabilité et la dépendance structurelle vis-à-vis des fournisseurs - clients avec lesquels il est opportun de réaliser des alliances stratégiques. Cependant, le bilan de cette modalité est positif, au moins utilisé de façon transitoire, bien qu’elle ne facilite pas le développement, elle permet de réaliser l’objectif principal qui est la préservation des postes de travail et de réaliser l’étape de mise en marche et l’apprentissage.
Un des autres inconvénients qui apparaît, c’est l’absence de cadres gestionnaires dans l’étape de commercialisation et administration, du fait que le personnel intéressé par la poursuite de l’activité appartient aux secteurs de la production, de la maintenance et de la supervision technique. Ces derniers, comme c’est compréhensible, s’habituent à valoriser excessivement les aspects techniques, en critiquant la gestion patronale antérieure et en accordant une place excessive aux procédés.
Les aspects organisationnels
La récupération d’une unité productive par les travailleurs peut être motivée par des agents externes : organismes de l’État, généralement municipalités ou syndicats locaux mais la présence d’un leader interne qui peut être collectif ou individuel est indispensable. Tout au long du processus, les travailleurs sont confrontés à des situations réellement compliquées qui provoquent des crises et des conflits internes qu’il sera nécessaire de résoudre. La reprise de l’activité sous la forme de coopérative est importante mais le principal défi est le changement culturel que requiert le passage du statut d’employé à celui de « travailleur-entrepreneur ». Cependant les valeurs et les aspects idéologiques d’une coopérative ne peuvent pas se transmettre par une simple présentation théorique mais par l’apprentissage dans l’action quotidienne et dans l’autogestion d’un projet commun.
Pour Rufino Almeida, compte tenu de la crise argentine, les opportunités d’impulser des projets autogestionnaires de récupération d’entreprises iront en augmentant. Les expériences relevées indiquent que le phénomène est viable, se développe et remporte un succès certain, qui fait que l’État doit assumer son rôle de promoteur et appuyer cette forme palliative au chômage. Le changement culturel que doivent réaliser les travailleurs : la prise de conscience, la solution des problèmes techniques, le projet de l’entreprise démontrent la nécessité de transmettre les expériences d’une entreprise à une autre en formant un réseau participatif entre les entreprises autogérées existantes.
La CTA articulera la recherche de financement d’une partie du projet en proposant concrètement la concurrence de plans de substitution pour les licenciés de manière à garantir la phase initiale du projet. De même, sont prévues la création de réseaux de commercialisation et la mise en place de fonds de financements. La CTA incorpore en son sein les entreprises récupérées par les travailleurs dans le cadre de la FETIA, en considérant qu’elles appartiennent au mouvement des travailleurs en contribuant à la construction du mouvement politique et social et en contribuant à installer la lutte des entreprises récupérées dans un contexte global qui contribue à la construction d’une nouvelle société.
2. Le débat entre l’étatisation avec contrôle ouvrier et le coopérativisme
Ce débat divise profondément la gauche argentine avec d’un coté : le MNER et la FENCOTER qui optent et soutiennent les coopératives et de l’autre, les organisations trotskystes, principalement le Pôle Ouvrier (PO), et d’inspiration moréniste comme le Parti des Travailleurs Socialistes (PTS), qui sont impliqués dans les expériences connues internationalement telles que Zanón et Brukman et qui revendiquent l’étatisation sous contrôle ouvrier.
Pour Eduardo Lucita : « Sous la forme coopérative, qui suppose l’adhésion volontaire et la gestion autonome, se récupèrent les sources de travail, une distribution des bénéfices à l’intérieur de chaque unité de production, y compris un meilleur rendement productif est possible avec une rationalité administrative différente. Il est clair que ces conditions sont infiniment meilleures que celles existantes - sous la domination patronale et plus encore quand elle l’abandonne - cependant elles ne peuvent pas échapper à la logique du système : la concurrence du marché, ce qui implique que les niveaux salariaux, les conditions de travail et la productivité sont toujours en jeu. Parce que tant les rémunérations, les conditions de vente de la force de travail, les temps et les rythmes de production ont une incidence sur les coûts finaux du produit et ceci est fondamental pour la concurrence capitaliste ».
Il poursuit : « Le contrôle ouvrier, qui suppose également volontariat et autonomie, maintient l’entreprise sous la tutelle du capital, privé ou étatiste, mais les travailleurs assument le contrôle de tout le processus ainsi que les registres comptables. Il s’agit d’une « réforme non réformiste », propre à une période de lutte de classe en hausse, qui n’est pas intégrable par le capital et dont l’avenir dépend d’une généralisation et d’un changement profond dans la relation des forces sociales ».
Toujours, pour Eduardo Lucita, la conjoncture argentine actuelle présente des particularités propres. Face à la fuite des capitalistes et au refus de l’Etat d’assurer ses responsabilités, il existe des entreprises qui fonctionnent sous un contrôle ouvrier « sui generis » du fait qu’il n’y a pas de patron, capitaliste ou étatiste, qui dirige. D’un autre coté, dans les entreprises où les travailleurs ont opté pour la forme coopérative, ils dépendent de la décision d’expropriation, celle-ci est généralement lente et il s’écoule plusieurs mois pendant lesquels ils produisent et commercialisent de fait sans que la situation soit légalisée. Dans ce contexte, ce qui prédomine, c’est la gestion ouvrière directe où les travailleurs prennent en charge intégralement l’administration de l’entreprise dans un processus qui a des caractéristiques clairement autogestionnaires.
Pour les économistes de gauche (EMI) Ruth Werner et Facundo Aguirre : « La coopérative, avec toute la valeur symbolique qu'elle a initialement, n’est pas un chemin émancipateur pour la classe ouvrière. Loin de tendre à unifier les forces des travailleurs, à rallier à leur lutte d’autres secteurs populaires, elle concentre les efforts à l’intérieur de l’usine, à substituer et à répéter les schémas capitalistes. [...] L’administration ouvrière directe est une forme d’autodétermination, qui laisse aux mains de la décision collective, la gestion de la production et ses destins, en éduquant la classe ouvrière à la gestion de l’économie. Elle démontre comment la planification démocratique pourrait donner un sens social à la production. La proposition de programmes d’œuvres publiques (Zanón) ou de production pour les hôpitaux de la communauté (Brukman) sont des initiatives qui vont dans cette direction et ont eu des échos auprès des mouvements de « piqueteros » de Neuquèn et chez les travailleurs de la santé de la capitale, en montrant la potentialité de l’unité ouvrière et populaire ».
Pour le MNER, l’étatisation des entreprises récupérées sous contrôle ouvrier obéit à une conception de l’État, un État composé par des travailleurs, un État prolétarien. Mais dans les conditions actuelles, le développement de la lutte en faveur de l’étatisation des entreprises récupérées ne correspond pas à l’État qui existe aujourd’hui. L’État actuel n’est pas un État de travailleurs, sinon de bureaucrates, par conséquent adopter la position étatiste impliquerait pour ces entreprises un travail organisé, libéré de l’appareil bureaucratique. Le contrôle ouvrier garantirait le fait que les travailleurs soient en contact immédiat avec l’entreprise, mais en dernière instance ceux-ci seraient employés par l’État et dépendraient d’une structure externe fortement hiérarchisée qui déciderait d’une manière globale. Dans ce sens, les coopératives permettent aux travailleurs de décider librement sans bureaucratie externe et de forme directe de leur avenir et pour leur entreprise. Cependant l’option en faveur de l’étatisation sous contrôle ouvrier est intéressante du point de vue même de sa propre limite. L’étatisation est un objectif valide si le mouvement global des entreprises récupérées peut accumuler une masse critique qui la renforce et fait pression pour définir les politiques publiques en faveur des secteurs populaires. Il serait nécessaire que ce mouvement soit renforcé par d’autres mouvements populaires.
Pour Javier Echaide : « Sur les débats en cours, on peut cependant relever une évolution entre ceux qui disent soutenir les expériences de Brukman et de Zanón et ce que disent les représentants des travailleurs. Les deux principaux exemples (les plus médiatisés) de la position en faveur de l’étatisation sous contrôle ouvrier sont en train d’étudier la possibilité de se constituer en coopérative s’ils obtiennent les garanties qu’ils posent : expropriation définitive et non plus limitée à 2 ans. Les exemples paradigmatiques d’étatisation sous contrôle ouvrier comme mode d’émancipation de classe, comme nous le voyons, étudient beaucoup plus les alternatives réelles à leurs besoins que ceux qui défendent cette position d’une forme dogmatique ».
Il est utile de préciser que Brukman s’est constitué en coopérative depuis octobre dernier suite à la déclaration de faillite par le tribunal et dans l’attente de l’expropriation. Tout récemment, la question de la constitution d’une coopérative à Zanón a été posée face à la répression exercée par l’État et les tentatives de plus en plus nombreuses de récupérations des entreprises non expropriées par les patrons qui n’hésitent pas à avoir recours à des milices.
Le débat de fond est bien plus orienté sur ce que signifie la forme autogestionnaire que sur le mode d’autogestion que l’on prétend réaliser. Dans tous les cas, la forme dépend du niveau de conceptualisation du mode coopératif mais pas de l’autogestion en elle-même. Le mode coopératif est incontestablement un outil de transformation sociale : « La bataille est contre les moyens de production appropriés en forme privée et non entre les différentes formes d’autogestion. C’est l’opposition entre emploi salarié et le travail associé. Le thème de la propriété privée des moyens de production est central. Le mode d’autogestion est interprété comme une activité privée ou comme une activité alternative distincte de la dichotomie entre le privé et le public. Ce serait une alternative qui pourrait rompre avec une relation d’exploitation de la force de travail, et en définitive du travailleur et avec l’aliénation ».
Pour Javier Echaide, le fait que la classe ouvrière puisse disposer des moyens, qui sont privés, pour produire est un objectif menaçant pour l’État, pour le statu quo. Les nouvelles pratiques des entreprises récupérées apportent des réponses à la gravité sociale de l’Argentine. La singularité de ce type de réponse constitue un mode de production conscient de la part de ceux qui produisent, qui contrôlent et connaissent exactement les montants et la destination de la production. Le capital est entre les mains de ceux qui produisent. Avec le système d’organisation des entreprises récupérées, il n’est pas nécessaire d’avoir une classe dirigeante dans le processus productif, le travailleur est son propre dirigeant et détient les reines de son entreprise.
La forme coopérative n’est pas l’unique forme juridique que prennent les entreprises récupérées : coopératives de production, sociétés anonymes (Zanello) et sociétés de fait (Brukman et Zanón). Cependant, la forme coopérative garantit la légalité de l’entreprise récupérée et permet de se défendre contre les patrons. Dans les différents cas, il y a une rupture avec l’organisation verticale précédente et le développement de nouvelles pratiques autogestionnaires. La mise en place d’une organisation horizontale permet la prise de décision collective, l’égalité des revenus, le développement de la solidarité et l’instauration de nouvelles relations sociales. Le transfert de la propriété privée des moyens de production à la propriété collective contribue à une construction alternative au processus de production capitaliste.
Les entreprises récupérées en Argentine ne sont pas le germe de la révolution mais elles constituent une réponse à une réalité contradictoire : la nécessité croissante du capital d’augmenter la plus-value pendant que dans le même temps s’accroît la masse d’exclus, de chômeurs et de marginaux. Le principal paradoxe est que le travailleur est considéré comme un coût dans le cycle productif de plus-value et pas un générateur de celle-ci, il est toujours menacé par l’ajustement lié à la nécessité d’accroître les bénéfices. Et pendant que l’ajustement affecte le travailleur (licenciements, baisses salariales, conditions de travail, système de retraite et autres acquis sociaux) à un moment ou à un autre, la production de plus-value s’en ressent et provoque une contradiction qui se conclut par une crise.
Dans ce contexte de crise capitaliste, les travailleurs argentins tentent de résoudre leurs propres besoins : conserver leur travail, se nourrir, couvrir les besoins de leurs familles, défendre le droit à une vie digne. Cependant, ils se trouvent confronter au système qui les exclut et rivalise avec lui. Cela donne une singularité particulière à la situation, étant donné qu’ils commencent à concevoir, à partir de la base de la société, une réponse croissante aux contradictions et aux conséquences que le capitalisme provoque. Les coopératives développent un caractère alternatif de production et d’organisation, en recréant des relations sociales et en constituant un outil efficace, bien que perfectible, de transformation populaire. La montée en puissance du mouvement de “récupérations” des entreprises en Argentine constitue une première étape de rupture avec le système capitaliste dans sa version libérale et de construction de pratiques autogestionnaires. La question de la propriété collective est au cœur de ce processus. L’avenir dira si ce phénomène s’amplifie et s’il est un véritable facteur de transformation sociale. Sans aucun doute, l’articulation avec les autres mouvements auto organisés et les couches populaires est indispensable.
Richard Neuville
Membre de la commission internationale des Alternatifs et membre des Ateliers pour l’Autogestion
Ce que pensent les anarchistes des entreprises récupérées
Nos camarades de l’Organisation socialiste libertaire (OSL) analysent pour nous l’expérience et les contradictions du mouvement des entreprises récupérées en Argentine. Ou les difficultés d’organiser un monde sans oppresseurs, ni opprimé(e)s.
Malgré une violente expulsion et une lutte perdue, l’entreprise de textile récupérée Brukman s’est transformée en symbole mondial de la résistance des entreprises récupérées en Argentine.
Mais que sont réellement les entreprises récupérées en Argentine ?
En Argentine, entre 8 et 10.000 postes de travail ont été sauvés par les travailleurs et travailleuses dans des entreprises récupérées et remises en marche par leurs propres ouvrier(e)s, alors même que la crise financière de décembre 2001 avait poussé les patrons à les abandonner à leur propre sort. Cette expérience constitue un des phénomènes sociaux les plus évidents de la révolte populaire du 19 et du 20 décembre 2001.
Si elles ne constituent pas un mouvement unique et font coexister en leur sein différentes propositions et expériences, les entreprises récupérées par leurs ouvriers recherchent un projet politique qui leur soit propre, et commencent à imposer leurs revendications sur le plan institutionnel. Alors que le gouvernement annonce une légère amélioration économique, l’Argentine continue de supporter un taux de chômage de 21%. 21 millions d’Argentin(e)s vivent sous le seuil de pauvreté, presque 10 millions vivent dans la misère, 70% des foyers vivent avec des revenus inférieurs à 250 euros et un salaire réel de 54% inférieur à celui de 1975.
Cela est le résultat d’un processus d’appauvrissement, de chômage et de remise des principaux leviers de l’économie aux monopoles financiers du capital, initié avec la dictature de 1976. Une dictature responsable de l’extermination d’une génération de militant(e)s, d’étudiant(e)s, d’ouvrier(e)s et de membres combatifs des mouvements populaires. A cela il faut ajouter le rôle démobilisateur joué par la bureaucratie syndicale.
Néanmoins, à partir de la construction des premières organisations de chômeurs, mais aussi de l’occupation de quelques usines remises en marche par les travailleurs dans la seconde moitié des années 90, la classe ouvrière a commencé à chercher des réponses.
D’une manière générale, la nécessité de s’organiser a surgi au moment de la fermeture ou de la fuite des patrons, à la suite de licenciements, de suspension d’activité et dans un contexte d’isolement vis-à-vis de syndicats respectifs. « Ils nous payaient à nous travailleurs des salaires au noir depuis 1995. Dans les derniers mois nous étions payés 0,87 à 1,50 euros par semaine ». C’est la situation que décrivent les compagnons et compagnes de toutes les usines récupérées.
Quel statut pour les entreprises récupérées ?
L’appui permanent des assemblées populaires, des organisations de chômeurs, des étudiant(e)s, des travailleurs d’autres entreprises et jusqu’aux quartiers impliqués démontre l’importance du principe inébranlable de la solidarité de classe.
Le cadre général et particulier dans lequel se déroulent ces récupérations d’usines est la défense du monde du travail. Dans ce contexte divers courants de la gauche ont essayé de poser le débat qui oppose les partisan(e)s de la coopérative à ceux/celles du contrôle ouvrier. « Nous luttons pour l’étatisation… nous ne voulons pas de coopérative… car nous ne voulons pas de la chimère de la concurrence… » précisait Celia Martínez de la commission intérieure de Brukman confondant la simple forme légale de la coopérative, nécessaire pour mener à bien l’expropriation avec la perspective politique du coopérativisme. Sa proposition consiste à exiger l’expropriation sans indemnité, que l’État apporte sans remboursement un capital initial, qu’il se charge du paiement des salaires et en aucun cas qu’il n’achète la production. Que l’État paye et que les ouvriers gèrent et planifient. L’expropriation a pour condition que les travailleurs(ses) adoptent une forme légale comme par exemple la coopérative. Brukman, Zanon, Ghelco, Panificación 5, Grisinopolis, autant d’entreprises qui parmi les 150 entreprises récupérées ont adopté cette forme.
Sortir du carcan de l’État
L’étatisation sous gestion ouvrière peut seulement se concevoir dans le contexte d’un État représentant un pouvoir ouvrier et populaire. Exiger de l’État bourgeois qu’il cède les usines aux travailleur(se)s, assure le paiement des salaires, apporte le capital initial, tout cela alors que ce même État a été le moteur de la situation à laquelle sont arrivés ces travailleur(se)s, revient à cultiver une illusion.
D’autre part, le coopérativisme n’est pas un projet qui permette de donner une solution de fond à la situation des travailleur(se)s. Il est loin de donner une réponse à l’ensemble des travailleur(se)s en partant de leurs intérêts. À aucun moment il ne met en cause les rapports de production capitaliste. À tout le moins, il permettrait de créer un sous-système parallèle au capitalisme.
Dans sa quête politique, le mouvement des entreprises récupérées a présenté sur différentes listes et à travers plusieurs partis des candidats aux élections d’août et de septembre 2003. Le Mouvement national des entreprises récupérées a présenté des candidats pour le compte du Pôle social (un des courants du péronisme). Lors des élections à Buenos Aires, certaines entreprises ont présenté des candidats pour le compte du Parti de la révolution démocratique (autre courant qui appuie le président Kirchner). Celia Martínez, ouvrière de l’entreprise textile Brukman, a été candidate aux élections législatives pour le compte du Parti socialiste des travailleurs (trotskyste, courant moréniste) et son compagnon de travail Juan Carlos Ragghini, a été candidat du Parti ouvrier (trotskyste, c’est une des deux principales organisations d’extrême gauche). Daniel López, de Ghelco, s’est présenté pour la Gauche unie. A Avellaneda, l’avocat Luis Caro du courant intitulé Mouvement des usines récupérées par les travailleurs s’est présenté comme candidat sur la liste de l’ex-putschiste d’extrême droite Aldo Rico (péronisme de droite).
La représentation des partis politiques à travers lesquels certain(e)s choisissent de se porter candidat(e)s ne se pose pas de la même façon dans toutes les entreprises récupérées.
Par exemple, à Brukman, dans l’usine de céramique Zanon et à Sasetru, la présence permanente de partis trotskystes dans les processus de récupération génère un lien constant et direct avec les ouvriers.
Le Mouvement national des entreprises récupérées et le petit groupe aligné sur les partis de gauche se distinguent sur leurs conception de l’autogestion. Le premier courant encourage la formation de coopératives et l’utilisation des profits pour générer une activité productive. Le second impulse « l’étatisation des entreprises sous contrôle ouvrier » et souhaite que les profits soient reversés à la collectivité. Au-delà de ces conceptions les travailleur(se)s ont récupéré des sources de travail authentique, ils ont éliminé les hiérarchies dans la majorité des collectifs de travail, ils ont mis en place des régimes de redistribution équitable des revenus et s’unissent dans les moments de résistance.
Du côté des anarchistes
Les anarchistes ont été organiquement absent(e)s de ce processus. Il ne pouvait en être autrement, leur influence sociale est minoritaire et elle est circonscrite à certains secteurs spécifiques et réduits. Pour ce qui est de l’OSL argentine, elle est impliqué dans le mouvement des chômeurs à travers la Coordination Anibal Veron (NdT, mouvement qui porte le nom d’un chômeur assassiné par le gouvernement), dans le mouvement des droits de l’homme en lutte contre la politique de la gâchette facile de la police, dans les syndicats d’instituteurs/trices de la province de Buenos Aires ou dans le syndicat des coursiers (SIMECA).
L’OSL a entretenu de bonnes relations avec les ouvriers de l’entreprise récupérée Ghelco à Buenos Aires où elle a appuyé le processus d’occupation et de remise en marche des machines et plus récemment elle a soutenu une entreprise de fabrication de bougies dans la ville de Monte Grande située dans la banlieue de Buenos Aires. Les machines y avaient été abandonnées par leurs patrons et c’est un groupe de sept compagnons qui a remonté l’atelier.
L’idée de la gestion ouvrière de la production et de la société implique que l’unique pouvoir dans la société révolutionnaire soit celui des organisations de la classe ouvrière. Cette gestion ouvrière doit être comprise comme l’abolition de tout pouvoir exercé par une minorité, l’abolition du pouvoir bourgeois comme celle de toute manifestation de l’État. Les travailleurs et travailleuses non seulement doivent assumer la gestion ouvrière des exploitations agricoles, des usines et ateliers mais également de l’ensemble de la société.
Organisation socialiste libertaire
Publié le 10 novembre 2003 par Commission Journal (mensuel)
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Argentine : VII Rencontre ELAOPA
Fin février 2009, l'ELAOPA sera à nouveau réalisé en Argentine. Depuis la Commission Organisatrice, nous souhaitons que cette Rencontre soit un outil pour le renforcement des organisations populaires, générant des liens depuis la pratique même, confluant depuis la richesse d'expériences variées et de formes de lutte ; espérant aussi que l'ELAOPA puisse être un apport pour casser le cercle de fragmentation et d'isolement que les classes dominantes veulent nous imposer.
La première Rencontre Latino-américaine d'Organisations Populaires Autonomes (ELAOPA) s'est réalisée en janvier 2003 en parallèle au Forum Social Mondial. Après le Brésil, la rencontre a parcouru la Bolivie (2004), l'Argentine (2005), l'Uruguay (2006), le Chili (2007) et le Brésil (2008).
Comme peuples et organisations en lutte nous pensons que par la coordination et l'articulation, il est possible de renforcer la construction de pouvoir populaire, d'une construction avec participation de toutes et tous, en maintenant l'autonomie face aux partis politiques, à l'État et à ses gouvernements, aux ONG et aux entreprises, et de tous ceux qui nous disent que faire avec des structures autoritaires et éloignées de notre réalité. C'est-à-dire que lorsque nous parlons d'un pouvoir populaire, nous disons que le peuple a la capacité de résoudre ses problèmes par lui même, sans les déléguer à d'autres.
Les différents gouvernements accumulent des richesses et un pouvoir en mettant à profit la grande faiblesse dans laquelle tombons les organisations populaires quand nous sommes divisées et désorganisées ; mais qui ont peur quand nous sommes capables d'unir nos forces et de mettre en cause le fonctionnement de ce système capitaliste injuste. Pour cela nous invitons organisations, collectifs et militants populaires à unir leurs efforts, à construire collectivement et depuis en bas, à construire en articulant, à unir le dispersé ; pour depuis le petit pouvoir former ce nouveau monde que nous portons dans nos coeurs.
L'articulation en perspective de construction de pouvoir populaire
Nous croyons que dans cet Elaopa nous devons partir d'une analyse de l'actuelle situation politique latino-américaine, prêtant une attention spéciale au rôle que les organisations qui construisons en dehors des appareils étatiques avons. Nous devons nous penser comme organisations autonomes de lutte dans le cadre d'une situation régionale latino-américaine complexe, où se consolident des stratégies communes depuis les gouvernements et où les organisations populaires sommes encore fragmentées ; marcher dans des conjonctures nationales où, dans quelques cas, les gouvernements se montrent progressistes et lèvent des bannières historiques de notre peuple tout en ne modifiant profondément aucune situation d'exploitation et d'oppression structurelles et optent pour réprimer les secteurs les plus contestataires. La vieille politique de cooptation et de répression de ces gouvernements a séduit beaucoup d'organisations populaires et ajoute un nouvel élément pour la fragmentation et l'isolement.
À l'intérieur de ce cadre d'analyse, nous proposons de mettre l'accent sur les expériences de construction d'espaces d'articulation et d'unité.
Nous pensons que d'une analyse de ces expériences nous pourrons dégager des éléments précieux pour le renforcement de nos organisations, problématisant les difficultés que nous rencontrons à l'heure de générer ces espaces ; les causes de la fragmentation des organisations populaires ; les stratégies des États (cooptation, criminalisation, répression) ; les propres limitations (difficulté pour se construire comme une alternative sociale réelle, la vision de court terme qui empêche de penser des stratégies de pouvoir populaire à long terme, nombrilisme qui met en avant sa propre construction, auto-référence...). Il est évident que ces visions sont le fruit du renforcement d'une idéologie hégémonique qui a pour objectif d'empêcher l'organisation des classes populaires.
Pour nous l'articulation est un moment indispensable dans notre construction, aussi important que le travail de base. Nous pensons qu'il n'est pas possible de générer une alternative de Changement Social tant que nous ne serons pas capables de construire avec l'autre, depuis les positions et l'idiosyncrasie de chaque expérience mais avec la vision portée à un collectif duquel comme classes populaires nous faisons partis.
Dans une seconde instance de la rencontre, nous proposons un débat sur les stratégies possibles d'articulation et du rôle que peut avoir dans celle-ci l'ELAOPA. Comme critère général, il nous semble que le débat autour de l'articulation dans une perspective de construction de pouvoir populaire doit se donner sur la base de la pratique réelle de nos organisations cherchant à la problématiser.
Commission d'organisation VII ELAOPA.
FOB (Fédération d'Organisations de Base) : MTD Oscar Barrios (Moreno, Jose C. Paz, San miguel), MTD Lucha y Libertad (Villa 20, Lugano, Cap. Federal), Frente de Unidad Popular (Brown, Berazategui, Varela; Prov. de Bs. As.), Cooperativa la Maqueta (La Plata; Prov. de Bs. As), Colectivo Desalambrando(San Cristóbal, Cap. Federal).
MTD 1º de Mayo (Cap. Federal et Gran Bs As)
Colectivo social y cultural 1ro de marzo- (Santa Rosa - La Pampa).
Lien : http://elaopa.org/
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