Suicides au travail : Travaille, consomme et meurs
Derrière l’Ukraine et les USA, la France est le troisième pays où les dépressions au travail sont les plus nombreuses. Les suicides que nous apprenons par la presse émanent en général de grandes organisations professionnelles (Renault-Peugeot-La Poste-France Telecom-BNP-HSBC). Qu’en est-il de tous ceux qui ne sont pas portés à notre connaissance ? Les suicides professionnels anonymes. Ceux qui ne bénéficient pas de relais syndicaux ou autres, pour être portés à la connaissance du public. Le vice-président du Conseil économique et social, Christian Larose, déclarait à L’Express l’année dernière que le nombre de suicides au travail serait de l’ordre de 300 à 400 par an.
Depuis plusieurs années le traitement du stress en entreprise est souvent géré de manière curative. On intervient après et il est souvent trop tard. Il est temps de traiter le stress en entreprise de manière préventive et non plus curative...
La Cause du Peuple Vidéo 54mn02 - Crédit photo : Badjonni / Flicker
Derrière l’Ukraine et les USA, la France est le troisième pays où les dépressions au travail sont les plus nombreuses. A travers trois secteurs professionnels – la banque, les plateformes téléphoniques, la sidérurgie –, le réalisateur Paul Moreira dissèque ces méthodes de travail, de management, d’organisation au pouvoir destructeur. Devant la caméra, les témoignages d’hommes et de femmes écrasés, usés, brisés par leur vie professionnelle. Travailler à en mourir, un documentaire Infrarouge poignant et alarmant.
Suicides au travail : Phénomène en augmentation
Les cas de suicide liés au travail ne sont pas un phénomène nouveau. Des cas de suicides sur les lieux du travail ont commencé à être rapportés par les médecins du travail vers la fin des années 1990. Ce phénomène est apparu dans un contexte où les indicateurs de stress au travail se détérioraient : en 2000, 29 % des salariés européens interrogés déclaraient ainsi des problèmes de santé liés au stress au travail. Pour autant, il n’y a pas de données nationales permettant de suivre l’évolution du nombre des suicides sur le lieu du travail et a fortiori liés au travail. Seule une étude menée en 2003 en Basse-Normandie apporte un éclairage à l’échelon régional : 55 médecins du travail, sur 190 ayant participé à l’enquête, ont signalé, de 1997 à 2001, 107 cas de suicides ou tentatives de suicide qu’ils estimaient liés au travail, dont 43 ayant entraîné un décès et 16 un handicap grave.
Fragilité individuelle ou lien avec le travail ?
De nombreuses études épidémiologiques ont établi un lien entre les contraintes au travail génératrices d’un état de stress chronique, c’est-à-dire d’un stress durable, et l’apparition d’une dépression. Parmi les contraintes au travail généralement étudiées, on peut citer le « job strain », c’est-à-dire le déséquilibre entre une forte exigence psychologique et une absence de marge de manœuvre. Un mécanisme est avancé pour expliquer cette relation entre stress et dépression : en situation de stress chronique, l’organisme sécrète des hormones en grand nombre. Or, l’hypersécrétion de glucocorticoïdes favoriserait, voire induirait, l’apparition d’un état dépressif.
Quelles que soient leurs caractéristiques individuelles, des personnes en situation de stress chronique sont fragilisées et peuvent voir leur état évoluer vers une dépression qui, elle-même, favorise un passage à l’acte suicidaire. En suivant pendant 14 ans plus de 94 000 infirmières américaines, une étude de 2002 souligne qu’un état de stress déclaré peut être associé à un suicide des années plus tard. La relation directe entre certaines contraintes de travail et le suicide n’a fait l’objet que d’une étude menée au Japon. Dans cette étude récente, parmi les contraintes prises en compte, l’absence de marge de manœuvre était fortement associée au suicide, tous les autres facteurs étant égaux par ailleurs, en particulier la catégorie socioprofessionnelle. Précisons à propos du lien entre conditions de travail et suicide que des situations de harcèlement moral ou sexuel, ou de grandes violences physique et psychologique peuvent également entraîner un état dépressif, sans toujours être précédées d’une période de stress chronique.
Une « épidémie » de suicides sur un même lieu de travail peut résulter d’un effet de contagion. Il est possible qu’un suicide entraîne chez d’autres personnes, qui vivent une situation professionnelle similaire, la levée d’un tabou. Dès lors qu’un collègue y a déjà recouru, le suicide peut apparaître comme une issue.
Un suicide ou la tentative de suicide constitue pour l’entreprise à la fois une situation d’urgence à gérer et un signal d’alerte sur un possible phénomène de malaise plus largement répandu. Pour éviter une contagion, des mesures peuvent être adoptées en urgence. Dans un deuxième temps, à distance de l’évènement et afin de protéger la santé des salariés, il convient d’évaluer les risques d’atteinte à la santé physique et mentale et d’entamer une démarche de prévention (article L.230-2 du Code du travail).
Source : INRS
Des négociations en cours entre syndicats et patronat
Il existe un accord-cadre européen sur la lutte contre le stress au travail, depuis octobre 2004. Mais la France, toujours à la traine en matière sociale, n'a pas encore appliqué cet accord.
Trois ans et demi plus tard, donc, ces négociations reprennent. Il y a tout lieu de penser que les plannings des participants devaient être assez chargés, sinon comment expliquer qu’il leur faille attendre plus de trois ans et près d’un millier de décès (Si l’on en croit Christian Larose cité plus haut) pour se remettre au boulot.
Il n’est pas difficile d’imaginer la souffrance hormis de la famille et des amis, des collaborateurs, collègues et patrons de ces suicidés du travail. A une époque où la notion de travail se dévalorise, de telles situations ne sont pas de nature à remonter le moral des ménages et à donner du sens au travail.
Source : Paperblog






Dans une société de course à
Dans une société de course à la production, à l'argent, on oublie bien souvent de parler de l'homme et de ces conditions de travail
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