Surveillance institutionnalisée : La délation peut-elle être civique ?
Acceptée et même encouragée lorsqu'elle est un moyen efficace de protéger les victimes, la dénonciation s'avère détestable dans d'autres situations. Mais les frontières ne sont pas toujours très claires. Quels critères moraux retenir ? Quand s'agit-il d'une affaire de conscience individuelle, quand cela relève-t-il de la collectivité ? S'il s'agit d'un enfant martyr, victime de mauvais traitements ou d'abus sexuels, chacun comprend bien que la dénonciation peut être juste et nécessaire. Alors que la délation est coupable par définition, comme le confirme le Petit Larousse : « Dénonciation intéressée et méprisable ». Nos réticences face à la délation sont également le reflet de notre relation avec le pouvoir. Lorsqu'un journal révèle un scandale, personne ne juge cette dénonciation publique moralement condamnable. Elle est pourtant intéressée pour le « scoop » et l'augmentation du tirage du journal. Si le même journaliste, avec la même information, avait alerté les autorités, il en irait tout autrement.
Le décalage entre la France et le monde anglo-saxon est frappant. Autant nous sommes allergiques à la délation, celle-ci nous rappelant sans doute trop fortement les heures noires de Vichy, autant cet acte est perçu comme civique aux États-Unis...
La Cause du Peuple - Vidéo 1mn21
Iwatch - La surveillance institutionnalisée
"Iwatch" littéralement "Je surveille"
La délation peut-elle être civique ?
Les termes péjoratifs abondent dans la langue française pour stigmatiser celui qui dénonce : mouchard, cafteur, balance, corbeau… Bref, on abhorre la délation !
André Comte-Sponville : La délation est coupable par définition, comme le confirme le Petit Larousse : « Dénonciation intéressée et méprisable ». Dénoncer est, en revanche, un terme neutre. La délation est une faute, car elle n'est pas fondée sur l'amour de la justice, sur la volonté de protéger les victimes ou les faibles, mais sur l'intérêt personnel.
Cela dit, la délation vaut mieux que la non-dénonciation de crime, qui est presque toujours une faute morale. Au procès d'Angers, plusieurs personnes sont mises en examen pour non-dénonciation de crime, pas pour pédophilie. Quand il s'agit d'un enfant martyr, victime de mauvais traitements ou d'abus sexuels, chacun comprend bien que la dénonciation peut être juste et nécessaire.
Certes, la délation, même intéressée ou haineuse, peut parfois servir la justice. Elle en est plus utile ; elle n'en est pas moins méprisable.
Henri Leclerc : Le Code pénal ne parle pas de délation, mais de dénonciation. Avec beaucoup de réserves, d'ailleurs. Prenez la non-dénonciation de crime : ce ne sont pas les auteurs, mais le crime lui-même qu'il faut dénoncer. Et encore… Uniquement s'il est possible d'en limiter les effets ou d'en éviter un nouveau. Avec, de plus, un certain nombre d'exceptions. Ne sont pas coupables de non-dénonciation de crime les parents, les frères et sœurs, leurs conjoints, les époux et épouses. En revanche, la dénonciation de mauvais traitements à enfant est obligatoire et ne souffre pas de limites. Ce n'est pas le cas du délaissement d'innocents. Celui qui a la preuve de l'innocence d'un accusé doit la donner aux autorités. Sauf s'il est le complice du coupable, son conjoint ou un proche. Le recel de malfaiteur, qui interdit d'héberger l'accusé d'un crime ou d'un délit grave, fait également exception pour la famille.
Le décalage entre la France et le monde anglo-saxon est frappant. Autant nous sommes allergiques à la dénonciation, autant cet acte est perçu comme civique aux Etats-Unis, par exemple.
A. C.-S. : C'est vrai, les Français sont mal à l'aise avec la dénonciation. J'y vois trois raisons. D'abord, nous avons gardé un côté potache, plutôt sympathique au demeurant : on ne cafte pas, on ne rapporte pas. Ensuite, nous sommes des Latins. Nous nous solidarisons plus volontiers avec les fraudeurs qu'avec les contrôleurs, avec les arnaqueurs qu'avec la police. Nous n'avons pas envie de vivre sous le regard inquisiteur du voisin ou du collègue de bureau. Enfin, nous sommes viscéralement réfractaires à une société de l'ordre moral, dans laquelle chacun de nous serait un dénonciateur en puissance. La vie en commun nécessite tolérance, compassion et discrétion.
H. L. : La dénonciation, loin d'être considérée comme un devoir civique, est porteuse d'une connotation péjorative qui plonge ses racines dans notre enfance. Cela commence dès l'école. Le rapporteur, quand nous étions enfants, était puni par les maîtres. Et puis, souvenez-vous de la nouvelle Mateo Falcone, de Prosper Mérimée : un Corse tue son fils d'une balle dans la tête parce qu'il a dénoncé un voleur de montres aux gendarmes ! N'oublions pas, non plus, que l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme dit : «Tous les êtres humains (…) doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». Voilà qui peut, en partie, expliquer pourquoi la délation est si mal vue.
A. C.-S. : Nous sommes marqués par le traumatisme de l'Occupation. Il y a eu tellement de dénonciations de résistants, de juifs, de clandestins auprès de la Gestapo ou des autorités de Vichy que l'idée même de dénonciation est devenue suspecte. Contrairement à ce que beaucoup croient, ce n'est pas la dénonciation qui fait la délation, ce sont ses motivations - haine, appât du gain, amour propre. Quand Serge Klarsfeld dénonçait des criminels nazis réfugiés en Amérique du Sud, personne ne le traitait de délateur. Tout le monde voyait en lui un militant de la justice et de la mémoire. Quand Zola publiait son "J'accuse" pour débusquer les trucages des antidreyfusards, personne ne l'a taxé, lui non plus, de délation. Quand quelqu'un accuse les parents d'un enfant maltraité, on applaudit l'acte citoyen. Et celui qui dénonce une bande de voyous sévissant dans un quartier de banlieue n'est pas davantage un délateur.
H. L. : Là, c'est déjà plus complexe… Les femmes des banlieues qui se battent pour dénoncer les tournantes n'évoquent pas les vols ou les trafics. Le degré de gravité de l'atteinte sociale n'est pas le même !
A. C.-S. : Je parle d'une bande de voyous qui terrorise un quartier. S'ils cassent une banque, personne ne va les dénoncer. En revanche, on aura plutôt de l'estime pour le père ou la mère de famille qui auront le courage de montrer du doigt les auteurs de viols collectifs ou de violences.
H. L. : Nos réticences face à la dénonciation sont également le reflet de notre relation avec le pouvoir. Lorsqu'un journal révèle un scandale, comme Le Canard enchaîné avec l'affaire Gaymard, personne ne juge cette dénonciation publique moralement condamnable. Si le même journaliste, avec la même information, avait alerté les autorités, il en irait tout autrement. Cela remonte peut-être à l'Ancien Régime, quand les services du roi s'appuyaient largement sur la délation.
A. C.-S. : Les pays anglo-saxons et nordiques, dans lesquels la police est, traditionnellement et culturellement, plus respectueuse des libertés individuelles et de la vie privée, tolèrent mieux la dénonciation. Les citoyens éprouvent moins de gêne à dénoncer quand il le faut. Il y a, chez nous, un fond un peu libertaire à la Georges Brassens : on hésite beaucoup à livrer quelqu'un aux «cognes», comme il disait, c'est-à-dire aux flics, parce qu'on a un rapport difficile avec l'Etat en général et la police en particulier.
H. L. : Le délateur est celui qui passe du côté des citoyens, fussent-ils des délinquants, à celui de la police.
Où et comment tracer la frontière entre dénonciation et délation ?
A. C.-S. : La dénonciation peut être acceptable, voire moralement estimable, quand elle est le moyen le plus efficace, ou le seul, de protéger des victimes. Ce peut être le cas pour des viols ou des mauvais traitements à enfant.
Deuxième cas : quand le coupable est plus puissant que vous ou que sa victime. Ce n'est pas la même chose de dénoncer son supérieur ou son subordonné.
Troisième cas : quand l'intérêt public est gravement menacé, par exemple, dans des affaires de pollution, de corruption, de santé publique ou d'atteinte à la sûreté de l'État et à la démocratie.
Quatrièmement, quand la dénonciation réduit la quantité globale de souffrance et d'injustice.
Enfin, la dénonciation est moralement acceptable quand elle n'apporte au dénonciateur aucune gratification financière ou matérielle.
Dans tous ces cas, la dénonciation vaut mieux que la loi du silence, dont les Corses nous rebattent les oreilles. Sans être un fanatique de la délation, on est en droit de penser que couvrir systématiquement les criminels finit par poser un vrai problème de société. Bien sûr, il demeure une marge de flou qui relève de la conscience de chacun, comme dans toutes les affaires humaines et morales.
H. L. : Les critères moraux sont parfois difficiles à définir car les frontières ne sont pas toujours très claires. Par ailleurs, je crois que tout dépend du regard porté par les citoyens sur le crime qui a été commis. Très souvent, dans un milieu précis, dans un lieu donné, on condamnera le dénonciateur. Ailleurs, on le félicitera. Les choses sont compliquées. La non-dénonciation de Colonna n'est pas perçue de la même façon sur le continent qu'en Corse.
Les récentes évolutions de la loi française tendent à encourager la dénonciation…
H. L. : Il y a une évolution du législateur, c'est vrai, justifiée par la volonté de trouver de nouveaux moyens de poursuivre les criminels. Or ces outils nouveaux flirtent avec la délation. Tant qu'il s'agit de crimes suscitant une réprobation générale, tout va bien. Mais gare aux dérapages ! En légalisant l'infiltration, la loi Perben du 3 mars 2004 a créé des délateurs professionnels. Dans ce cas, un officier de police judiciaire se fait bandit, puis dénonce. C'était connu dans les romans policiers et les thrillers américains ; c'est désormais possible en France. Cette loi a également officialisé la rémunération des indicateurs. Ce n'est pas nouveau dans la mesure où les indics étaient déjà rémunérés, mais de façon illégale. Quoi qu'il en soit, il s'agit bien d'un bénéfice offert au dénonciateur.
A. C.-S. : Voilà un cas très intéressant d'un geste moralement méprisable qui relève de la délation, mais qui est socialement utile et légalement autorisé.
H. L. : Autre nouveauté : le statut de repenti. Ces personnes, une fois arrêtées, choisissent de dénoncer leurs complices de la veille pour échapper à la prison ou pour bénéficier des réductions de peine absolument considérables que la loi prévoit. Le système est assez efficace, mais dangereux. C'est le problème auquel sont confrontés les Italiens : ils en sont désormais convaincus, un certain nombre de personnes, terroristes des années de plomb ou membres de la Mafia, ont été condamnées sur la base de déclarations de repentis qui se sont, par la suite, révélées fausses. Nous avons là un problème difficile. Une société, pour des raisons d'efficacité, organise un système qui risque d'envoyer des innocents derrière les barreaux.
A. C.-S. : Il est essentiel de comprendre et d'accepter que la morale et le droit sont deux choses très différentes. Pour bien faire son travail, la police doit profiter des faiblesses des êtres humains. Je n'ai pas beaucoup d'estime pour les balances, mais je ne condamne pas moralement le policier dont le métier est d'exploiter les failles du milieu. Si c'est socialement utile et efficace, je trouve normal que la loi l'autorise. Il faut faire attention, bien sûr, aux effets pervers, mais il ne faut pas confondre les problèmes moraux, qui relèvent de la conscience de chacun, et les problèmes sociaux, politiques et juridiques, qui relèvent, eux, de la collectivité. On peut considérer que la loi sur les repentis et les informateurs est une bonne loi car policièrement efficace, socialement utile, tout en ayant le plus grand mépris moral pour les délateurs.
H. L. : Il y a des liens, tout de même, entre morale et droit. Quand le droit prend ses distances par rapport à la morale, il risque de déraper. A cet égard, une nouvelle disposition introduite dans la loi me paraît bonne : une personne ne pourra plus être condamnée sur les seules déclarations d'un repenti. Il faudra d'autres preuves.
A. C.-S. : Ces évolutions du droit que vous évoquez tiennent peut-être à un changement de statut de la délinquance, réel ou imaginaire. Le truand, le bandit, traditionnellement, c'est celui qui vole les riches. C'est Arsène Lupin. Or il est exclu que le gentleman cambrioleur dépouille la veuve et l'orphelin ou viole une petite fille. Le dénoncer ne correspond pas à l'esprit français. Mais on est en train de découvrir que les premières victimes de la délinquance ne sont pas les riches, mais les pauvres, les plus démunis. Tout le monde sait qu'on est plus en sécurité à Neuilly-sur-Seine qu'à La Courneuve. Aussi le rapport de forces est-il différent, puisque le délinquant s'en prend aux faibles. Du même coup, la dénonciation peut devenir moralement plus acceptable, voire exigible.
H. L. : Je n'en suis pas sûr. J'ai participé à beaucoup de séances d'analyse consacrées à la loi Perben de 2004, à un certain nombre de réunions publiques, également. Or j'ai été frappé de constater que les citoyens étaient plus heurtés par la rémunération des indics et le statut des repentis que par les pouvoirs étendus de la police. Les Français ne veulent pas d'une République de délateurs.
André Comte-Sponville est philosophe et membre du Comité consultatif national d'éthique depuis mars 2008.
Henri Leclerc est avocat et a été président de la Ligue française des Droits de l'Homme de 1995 à 2000. Henri Leclerc est aussi ancien membre du conseil de l'ordre des avocats de Paris.
Source : L'Express.fr
Un nouvel outil pour la délation en France
Michèle Alliot-Marie a présenté le site Internet-signalement.gouv.fr qui permet de signaler tout contenu illicite sur le web de manière anonyme ou non.
Peuvent être signalés :
* Pédophilie ou corruption de mineur sur Internet
* Incitation à la haine raciale ou provocation à la discrimination de personnes en raison de leurs origines, de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap
* Menaces ou incitation à la violence
* Trafic illicite
* Mise en danger des personnes
* Incitation à commettre des infractions
* Spam
* Injure ou diffamation
* Escroquerie
Les signalements sont-ils anonymes ?
* Vous avez la possibilité de vous identifier en remplissant les mentions du formulaire de signalement relatives à votre identité. Ce n’est pas obligatoire.
* Les signalements sont traités de la même manière, que vous restiez anonyme ou non.
* Le formulaire enregistre les numéros « IP » (internet protocol) des émetteurs des signalements. Un numéro « IP » seul ne permet pas d’identifier une personne. Seuls les fournisseurs d’accès et de services sur Internet connaissent les titulaires des adresses IP. Dans des cas exceptionnels, pour les nécessités d’une enquête, les enquêteurs peuvent demander l’identification d’un numéro IP. Ils doivent obtenir l’autorisation d’un Procureur de la République.
Source : News Of Tomorrow
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Merci pour le blog d'information! J'aimais beaucoup d'articles, mais tiens particulièrement à mentionner. Très détaillé, presque exhaustive, la matière. Remarquablement a déposé des documents sur la conférence. Très reconnaissants jeux casino de l'concise, claire et exhaustive des faits vyklad. Je vais visiter régulièrement votre blog afin de se tenir au courant de tous les développements. Je vous remercie
EDIT : Suppression d'un lien sans rapport avec le site
complot
le surveiller de leers - 25/03/2010 13:18
moi je suis sdf j'ai donc rien , pas de fortune ni de logement de fonction,et c'est pratique sont pareil partout ,ça s'appelle des cadeaux ou des bonus camouflè. maintenant en france il y a des problemes plus grave .derniers mots ,l'etat me surveille depuis 2ans et demi a cause de la delation de voisinage l'etat depense ,d'apres mes calcules environ 100,000 euros par jour pour me surveiller , si vous voullez renseignè vous, dans les environ de leers carhiem , et menè une enquete ,car c'est une affaire tres grave ,et ceux dans un pays ,qui ose critiquer la chine , l'etat a mis un blocus sur moi enorme je ne peux rien faire ni travaller ni me loger ,ni faire du commmerce le blocus total ,et une surveillance 24h/24 ,et tout ça a cause d'une phrase bidon ,et bien maintenant , je suis devenu la riser de tout les gens qui me connaisse et j'ai etait abandonner par tout le monde meme ma famille . alors si vous vous pouvez m'aidè afin que tout la france soit au courant et prevenu , sur ses pratique digne des regimes de dictatures , car ceux qui m'arrive a moi peut arriver a n'importe qu'elle personnes , qui aurai osè dire du mal de sarkosi ,faite tres attention au delateur de voisinnage, car ces gens reçoivent de belles primes de l'etats, pour n'importe quoi pourvu que l'etat soit au courant, croyer moi ça c'est pire que les largesses lier au logement des intellectuels! merci ! de la part de françois la menaces bidon!