Crise financière : Voyage au cœur de la crise

 

L’économie virtuelle a-t-elle perdu le contact avec l’économie réelle ? Le 4 juillet 2008, les huit plus grandes puissances de la planète se sont réunies au Japon dans le cadre du G8. À l’ordre du jour de ce sommet stratégique : chute des marchés boursiers, augmentation du prix des denrées alimentaires, récession aux États-Unis, hausse des prix du pétrole, la tempête financière qui frappe de plein fouet l’économie mondialisée et les moyens de la stopper.
Analysant les causes de la crise financière, ce documentaire est une véritable plongée au cœur de la mécanique financière, des préparatifs du G8 par Christine Lagarde, ministre de l’Économie et des Finances, au bureau de Dominique Strauss-Kahn, nouveau patron du Fonds monétaire international, en passant par la City et les déboires des traders, sans oublier le casse-tête vécu par les PME qui peinent à se financer.
TARP, pour Troubled assets relief program : voilà le nom officiel du plan Paulson de sauvetage de la finance mondiale. Voté dans la douleur le 3 octobre 2008 le plan cumule les objectifs et les moyens d'action. Il est pourtant loin de faire l'unanimité. De nombreux économistes pointent ses lacunes et estiment qu'il sera inefficace...

La Cause du Peuple - Vidéo 50mn42

Voyage au cœur de la crise - Durée : 50:42

Le plan Paulson

TARP, pour Troubled assets relief program : voilà le nom officiel du plan Paulson de sauvetage de la finance mondiale. Paulson, du nom du secrétaire au Trésor américain, en première ligne dans la gestion de la crise. Voté dans la douleur le 3 octobre 2008 le plan cumule les objectifs et les moyens d'action. Il est pourtant loin de faire l'unanimité. De nombreux économistes pointent ses lacunes et estiment qu'il sera inefficace. Les marchés, du moins pour l'heure, semblent eux aussi loin d'être convaincus.

Ce que prévoit le plan Paulson

Les objectifs - Ils sont classés selon leur degré de priorité. Dans l'ordre énoncé, le plan de sauvetage a pour objectif :
1/ de protéger les intérêts des contribuables
2/ d'éviter une paralysie des marchés financiers
3/ d'aider les familles américaines à conserver leur maison
4/ de sauver les retraites des américains

La méthode : racheter les actifs « toxiques » - Pendant les cinq dernières années, les institutions financières du monde entier ont acheté des produits financiers reposant sur des prêts : les prêts immobiliers à risque américains, les fameux subprimes, et de nombreux autres types de prêts comme les prêts aux entreprises. Lorsque les emprunts ne sont plus remboursés (parce que les débiteurs n'arrivent plus à payer leur maison), la valeur de ces produits financiers diminue... jusqu'au point où plus aucune autre institution financière ne veut les racheter. Leur valeur de marché tombe alors à zéro et les institutions financières sont obligées d'encaisser des pertes. Le plan de sauvetage consiste à racheter ces actifs aux institutions financières. A noter que par « actifs toxiques », le plan entend bien entendu les subprimes émises avant le 14 mars 2008 mais aussi "n'importe quel autre instrument financier déterminé comme devant être racheté par le secrétaire au Trésor et le Président de la FED". Un cheval de Troie pour, si nécessité, recapitaliser directement les banques en acquérant les banques.

Un plan à 250, 350 ou 700 milliards de dollars - Pour racheter ces actifs, le Trésor américain disposera dans un premier temps de 250 milliards de dollars. Sur simple demande du Président des États-Unis, cette somme pourra être portée à 350 milliards. Pour obtenir 350 milliards de plus, le Président devra demander une autorisation au Congrès, tout en détaillant précisément l'objectif du Trésor. S'en suivra alors une procédure de vote d'urgence, toutes affaires cessantes.

Donnant, donnant, les institutions financières semi nationalisées - En échange du rachat par le Trésor de leurs actifs « toxiques », les institutions financières devront, si elles sont cotées, émettre des actions préférentielles qui seront détenues par le Trésor. Si elles ne sont pas cotées, elles devront émettre une « reconnaissance de dette ». Dans les deux cas, les conditions de cette émission seront fixées par le Trésor américain et seront prioritaires devant les autres créditeurs. Une seule exception pourra être faite à ce système : les rachats d'actifs de moins de 100 millions de dollars.

Comment l'État va récupérer sa mise - Le secrétaire du Trésor peut décider de vendre à n'importe quel moment les actifs financiers qu'il a acquis auprès des institutions financières. Son rôle est de maximiser le prix de vente. Cinq ans après le démarrage du plan de sauvetage, et si l'État est déficitaire, il est prévu que "l'industrie financière apporte un montant égal à la différence afin que le TARP ne fasse pas progresser le déficit de l'État".

Qui sera concerné par le plan de sauvetage

Les institutions financières - Le plan de sauvetage est réservé aux banques, caisses d'épargne, assurances établies aux États-Unis et ayant des activités « significatives » sur le sol américain. Le plan prévoit également que le secrétaire au Trésor devra travailler avec les banques centrales et les autorités étrangères à la mise en place, dans leur propre juridiction d'un plan similaire. Enfin, les institutions financières étrangères qui disposent d'actifs toxiques américains obtenus suite au non-paiement de dettes par des établissements américains (Lehman Brothers par exemple) pourront aussi être concernées par le plan.

Les dirigeants perdront des avantages - Le plan prévoit que le Trésor devra faire l'acquisition des actifs au « prix le plus bas ». Pour cela, il pourra employer un mécanisme d'enchères et d'enchères inversées. Si une institution financière reçoit dans ce cadre plus de 300 millions de dollars, elle ne sera plus autorisée à accorder des parachutes dorés à ses dirigeants. Dans le cas où il jugera qu'il devra procéder à une acquisition directe, il pourra le faire mais des mécanismes de contrôle renforcés s'exerceront pendant toute la durée de détention des actifs toxiques par le Trésor. Les 5 principaux directeurs de l'entreprise verront leur salaire plafonné ; les bonus versés aux cadres pour leurs performances passées pourront être recalculés à la baisse si ces « performances » s'avèrent être des échecs ; les parachutes dorés seront interdits.

L'aide aux propriétaires - Le plan de sauvetage prévoit que le secrétaire au Trésor doit tout faire pour éviter les évictions de familles ne pouvant plus payer leurs emprunts. Cela passe notamment, selon le plan, par un allongement de la durée de remboursement, une réduction des taux d'intérêts, la réduction du capital du prêt. Seront notamment concernées en premier lieu les familles dont les prêts ont été rachetés par le Trésor.

Les avoirs des clients protégés - Les avoirs des clients dans les institutions financières, auparavant garantis à hauteur de 100.000 dollars sont désormais protégés jusqu'à 250.000 dollars. Dans ce cadre, la FDIC qui assure les dépôts peut dépasser ses limites d'emprunt à l'État et obtient en quelque sorte les « pleins pouvoirs » pour la restructuration des banques en faillite.

Pourquoi le plan de sauvetage pourrait échouer

Le montant est largement insuffisant - Entre 2000 et 2008, la bulle du crédit a gonflé de manière exponentielle : 1.500 milliards de dollars pour l'immobilier résidentiel, 700 pour les prêts personnels, 500 pour les entreprises commerciales et industrielles. Soit quelque 2.700 milliards qui sont venus s'ajouter à la déjà très grande quantité de crédits émis en 2000. Qui dit éclatement de bulle dit réduction à 0 de la valeur de la majorité des actifs créés pendant la bulle. Selon les périodes et les types de bulles, les pertes consécutives à l'éclatement vont de 70 à 110%. Soit ici, une perte potentielle de 1.900 milliards à 3.000 milliards de dollars.
Bien pire : le 29 septembre lorsque l'indice Dow Jones a perdu 700 points en quelques heures, ce sont plus de 1.000 milliards de dollars de capitalisation qui sont partis en fumée... soit déjà plus que le plan Paulson. Autre exemple : entre le 10 septembre 2008 et le 1er octobre, le montant des emprunts des institutions financières à la Réserve fédérale est passé de 19,8 milliards de dollars à 367 milliards. Soit une progression de 347 milliards, ou l'équivalent de la première tranche du plan de sauvetage...

Le plan ne prévoit pas de recapitaliser les banques en priorité - Si les banques font faillite actuellement, c'est parce qu'elles manquent de liquidités, c'est-à-dire d'argent frais disponible immédiatement. Le plan de sauvetage consiste essentiellement à leur racheter leurs actifs toxiques, au prix le plus bas possible ! Au final les banques échangent donc des actifs dont la valeur est surestimée dans leur bilan contre un montant inférieur à cette valeur. Elles restent donc encore en situation de manque de liquidités. L'alternative aurait été de recapitaliser les banques, les nourrir d'argent frais sans prendre leurs actifs... et espérer que la situation se résolve. Une solution que Henry Paulson semble envisager de plus en plus. "Nous utiliserons tous les outils qui nous ont été donnés pour une efficacité maximale, y compris le renforcement de la capitalisation des institutions financières de toute taille", a-t-il déclaré le 8 octobre.

Les dépôts des clients ne seront pas totalement garantis - Selon la FDIC, autorité de protection des dépôts, seulement 63% des dépôts étaient protégés au 2e trimestre 2008, soit 4462 milliards sur 7036. Le rehaussement de la garantie de 100.000 à 250.000 dollars par compte permet d'atteindre 73% de dépôts garantis. Cela ne suffit pas à éviter une « course aux retraits » (bank run), notamment de la part de petites entreprises, qui déposent des sommes plus importantes sur leurs comptes et peuvent être tentées de les retirer.

Les entreprises ne trouvent plus de moyen de se financer - Apeurées, les banques ne se prêtent plus entre elles, mais elles ne prêtent plus non plus aux entreprises. Car des faillites d'entreprises n'ayant pas réussi à refinancer des prêts à court terme ne sont pas à exclure. Les émissions d'obligations sont au point mort. Exemple : Mc Donald's USA a annoncé à ses franchisés que Bank of America leur coupait ses lignes de crédit. Et le plan Paulson ne règle pas ce problème puisqu'en rachetant les actifs « toxiques », il ne remet pas en route le système financier qui s'est brusquement arrêté.

Ce qu'il manque au plan de sauvetage

Le plan ne fait pas le tri entre les institutions financières en difficultés et celles en banqueroute - Le plan prévoit de racheter les actifs « toxiques » de l'ensemble des institutions financières éligibles. Mais, dans le cas de certaines banques trop fortement exposées, cela ne suffira pas à les remettre à flots et l'argent dépensé en pure perte ne servira pas aux banques saines, qui sont simplement temporairement touchées. Les économistes conseillent donc de mettre en place un système de « triage » avec pour objectif de placer en faillite les banques trop imprudentes et d'utiliser les fonds pour sauver celles qui peuvent vraiment l'être.

De nombreuses institutions financières sont laissées pour compte - Ils ne publient pas de bilan, ne sont pas cotés mais sont dix fois plus gros qu'une banque : les hedge funds. Ces fonds d'investissement ont, eux aussi, acheté énormément d'actifs toxiques. Et personne ne connaît aujourd'hui leur situation. Leur réputation sulfureuse - restructurer des entreprises mal en point- les a exclus du plan de sauvetage. Pourtant ils sont les propriétaires de très grandes entreprises qui pourraient être entraînées dans leur chute. Les dépositaires de ces fonds ont engagé une course poursuite pour en retirer leurs avoirs au plus vite. Le plan ne prévoit rien pour les sortir de l'ornière, pas plus qu'il ne prévoit d'aider les « placeurs » de crédits hypothécaires dont 300 ont déjà fait faillite aux États-Unis.

Un fourre-tout de stimuli fiscaux aussi chers qu'inefficaces - Le plan voté par le Congrès contient de nombreuses réductions d'impôts visiblement plus dictées par la volonté de réélections des sénateurs et représentants et celle de l'administration Bush de faire passer son plan que par des considérations de relance de l'économie. On y trouve ainsi pêle-mêle, 45 dollars de crédit pour l'achat d'un lave-vaisselle consommant moins de 324 kW/h, un crédit pour l'emploi de populations indiennes, et même mieux : une réduction de 39 cents sur chaque flèche en bois vendue aux enfants pour jouer ! Le plan précise que seules les flèches « de 5/16 de pouce de diamètre ou moins » sont concernées. Selon Bloomberg, cette mesure engendrera 200.000 dollars d'économies annuelles pour les producteurs des dites flèches.

Que peut-il arriver en cas d'échec ?

Si le plan TARP devait échouer, quelles seraient les autres options ? Que pourraient faire les autorités ? Quelles seraient les conséquences pour les épargnants ? Le Fonds monétaire international a publié au début du mois d'octobre une étude de 42 crises bancaires et financières et des moyens utilisés pour les résoudre. Détails :

Les gouvernements pourraient injecter des fonds directement dans les banques - Sur 42 crises financières, cela s'est produit 12 fois. C'est plus que le rachat d'actifs toxiques qui n'a été utilisé que 7 fois. L'injection directe de capitaux permet de stabiliser les banques en leur fournissant des liquidités qu'elles peuvent utiliser directement et rapidement, contrairement aux rachats d'actifs qui demandent une logistique et nécessitent donc plus de temps avant d'entrer en action.

Nationaliser en partie les banques - Cela s'est produit dans 10 crises sur 42. Dans ce cas, le gouvernement achète des actions des banques, soit préférentielles, soit classiques. Cela lui accorde un droit de vote lors des conseils d'administration et lui permet de contrôler plus directement les hauts dirigeants de l'entreprise. C'est ce qu'essaie de faire le gouvernement britannique.

Interdire les retraits sur les comptes bancaires - Cela ne s'est produit que dans 5 crises sur 42. En moyenne, le gel des avoirs des clients a duré 40 mois. L'objectif dans ce cas est d'éviter des retraits massifs de la part des épargnants, le fameux « bank run » qui met au tapis la totalité des établissements financiers. Problème pour les épargnants : dans certains cas, entre le gel des avoirs et le dégel, la monnaie peut être dévaluée. Dans ce dernier cas, les pertes vont de 0 à 50% des actifs.

Imposer une fermeture temporaire des banques - Cela ne s'est produit que dans 4 cas sur 42 et la fermeture a duré en moyenne 4,7 jours, soit une semaine. A nouveau, l'objectif est d'éviter le « bank run », le retrait massif de liquidités. Si cette mesure n'est pas suivie d'un gel des avoirs, elle est en général sans douleur pour les épargnants.

Les États pourraient garantir les avoirs - Cela s'est produit dans 22 cas sur 42. Mais attention, la garantie des avoirs ne signifie pas absences de pertes mais une garantie minimale. Dans 51% des cas, la garantie a tout de même provoqué des pertes pour les épargnants. D'autre part, la garantie des avoirs est le plus souvent utilisée dans des crises très localisées géographiquement. En cas de crise mondiale, elle perd son sens. Sauf à accepter une faillite générale de la totalité des États. Une remise à zéro du compteur en quelque sorte.

Fermer volontairement des banques - Plutôt que de laisser des brebis galeuses parasiter le marché interbancaire, l'une des solutions consiste à les fermer, tout en protégeant l'intégralité des épargnants. Cela s'est passé dans 2 cas sur 3. Et c'est peut-être aussi ce qui a poussé les autorités américaines à laisser tomber Lehman Brothers, constatant l'arrêt cardiaque de la banque. En moyenne, lors des précédentes crises, 8% des établissements ont été fermés. Si ce sont les « bons » établissements qui sont fermés (c'est-à-dire les brebis galeuses), cela peut permettre au marché de retrouver de la confiance et de repartir.

Jean-Luc Gréau : "La probabilité d'une étatisation des banques européennes est assez forte"

Jean-Luc Gréau est économiste, ancien expert auprès du Medef. Dans son dernier livre, "La trahison des économistes", paru chez Gallimard, il critique l'idéologie néolibérale qui domine la pensée économique actuelle. Et face à la crise, il préconise des solutions qui pourraient surprendre du côté du syndicat patronal. Il n'est pas tendre non plus avec le plan Paulson.

Le plan Paulson n'a pas rassuré les marchés, bien au contraire. Quelles sont, selon vous, ses faiblesses ?

Jean-Luc Gréau - D'abord, nous savons que les 700 milliards sont insuffisants car ils n'incluent pas les secours à apporter à Fannie Mae et Freddy Mac, à AIG ainsi qu'à des centaines de banques provinciales, nommées aux États-Unis les « small banks », soit au total 1.300 milliards de dollars, soit près de 10% du PIB américain. Ensuite, ce plan est arrivé trop tard. Il aurait dû être proposé dès le 14 mars, lors de la quasi-faillite de Bear Stearns. C'est à ce moment là qu'il fallait planter le couteau dans la plaie. Aujourd'hui, les économies américaines et européennes sont entrées de fait en récession, il est bien tard. Enfin, ce plan n'implique pas que l'État se décide à prendre le contrôle direct des établissements, en remplaçant notamment les dirigeants des établissements par des personnes de confiance.

Que devraient faire les États face à la crise ?

J.-L. G. - La Suède, qui a connu entre 1990 et 1994 la faillite de son système bancaire, est l'exemple à suivre. Le système bancaire a été étatisé, l'État a confié les commandes à des personnes de confiance, a limité certaines activités des établissements et a convaincu les actionnaires privés de mettre de l'argent au pot. Or, ce n'est pas du tout ce qui se passe actuellement. L'État est devenu la poubelle des établissements, en récupérant les produits pourris, que les financiers anglo-saxons nomment les « toxic assets ».

La question est aujourd'hui de savoir si les États qui font l'effort de sauver le système financier ont conscience qu'ils doivent devenir maîtres à bord, ou s'ils se laissent entraîner dans cette spirale du sauvetage en désespoir sans suivre un plan déterminé. L'État doit redéfinir son rôle, et en premier lieu fixer de nouvelles règles, comme la limitation de la titrisation. Car la meilleure définition de cette crise est qu'elle est la crise de la titrisation. Cette dernière a permis aux établissements bancaires de se défausser des risques, de la nécessité de vérifier la solvabilité des emprunteurs.

Une étatisation, n'est-ce pas excessif, et surtout inenvisageable vu le courant de pensée actuel ?

J.-L. G. - Au contraire, la probabilité d'une étatisation des banques européennes est assez forte. Il faut regarder les faits : aujourd'hui, le marché du crédit est déjà étatisé dans les faits par l'intervention constante des banques centrales, mais cette étatisation n'est pas complétée par la nationalisation juridique des établissements que les banques centrales approvisionnent. Le néolibéralisme est en fait en train de se renier. Les agissements des banques centrales sont la première contradiction, avec l'injection quotidienne de milliards dans le système bancaire ou le rachat de créances pourries. Dans les faits, les banques sont devenues des agences ou des filiales des banques centrales.

La deuxième contradiction tient en l'appel au trésor public, au contribuable, pour aider les banques, alors que le modèle néolibéral stipule qu'un établissement en difficultés devrait être abandonné à son destin. Le discours de Toulon de Nicolas Sarkozy sur l'interventionnisme de l'État est d'ailleurs une embardée considérable par rapport à sa propre idéologie économique.

Quelle est la part de responsabilité dans la crise actuelle de cette idéologie néolibérale et du modèle anglo-américain que vous dénoncez ?

J.-L. G. - Elle est très lourde. Ce système a subordonné les grands marchés économiques de la production et de la consommation à des marchés financiers qui sont la bourse, le marché des devises, du crédit, des matières premières. Aujourd'hui, le crédit se tarit et les entreprises sont pénalisées, alors qu'il n'y aucune véritable raison de fond en dehors de la perte de confiance réciproque des banques sur le marché du crédit. Par principe, l'économie productive concurrentielle va de l'avant, à moins qu'elle ne soit confrontée à une crise ou à des entraves. C'est ce qui se passe aujourd'hui, l'entrave consiste dans la crise de confiance au sein de la sphère financière, crise de confiance qui asphyxie l'économie.

La nature de l'idéologie néolibérale rendait-elle cette crise prévisible ?

J.-L. G. - Les économistes ont l'habitude de dire que la crise arrive toujours là où l'on ne l'attend pas. Ce n'est pas vrai cette fois-ci. Il y avait depuis longtemps ce que j'appelle l'anomalie américaine. Les États-Unis s'appuyaient sur une forte croissance de certains secteurs, comme l'informatique et l'aérospatial, mais aussi, pour doper cette croissance, sur l'endettement des ménages. Or cet endettement est devenu depuis longtemps du surendettement. Mais ce n'est qu'à l'automne 2006 que les ménages américains ont commencé à faire défaut. Des défauts de paiements qui continuent d'ailleurs d'augmenter chaque mois.

Comment, alors, les marchés n'ont-ils pas appréhendé le danger ?

J.-L. G. - Les systèmes que sont la Bourse, les marchés du crédit ou les marchés spéculatifs des monnaies se nourrissent de bonnes nouvelles. Le recours à la dette des ménages a conduit à des indicateurs abusivement favorables. Les marchés ont alors spéculé sur la croissance des pays industrialisés ainsi que sur la croissance des pays émergents. Ces derniers sont par ailleurs confrontés à un nouveau danger : le krach des matières premières. Il ne serait pas étonnant d'assister à de nouvelles crises du type de celles qu'ont déjà connues le Mexique et l'Argentine.

Pour reprendre le titre de votre livre, en quoi les économistes ont-ils trahi ?

J.-L. G. - C'est assez simple : le rôle des économistes n'est pas de créer des modèles économiques. Il est d'interpréter des faits économiques et financiers. Un travail difficile, qui demande du sérieux, de la méthode et d'autoriser le débat. Or, nous avons assisté à une progression depuis 25 ans environ, en France depuis l'échec du socialisme à la française, des thèses néolibérales conçues dans les pays anglo-américains, à Londres, New-York et Washington. Ces thèses ont été très largement adoptées par les élites du monde entier. A tel point qu'il n'est plus possible aujourd'hui de créer un débat sur des questions aussi fondamentales que la parité des monnaies, le développement du libre-échange, la répartition de la charge de la dette entre États et ménages. Ces questions ont été purement mises de côté. Il faut désormais reconstruire une doctrine, plus pragmatique.

Propos recueillis par Jean-Etienne Juthier du JDN Économie

Le rapport du FMI sur 42 crises économiques passées et les moyens mis en œuvre pour les résoudre est également téléchargeable ici

Source : JDN Économie

L'Argent-Bête, la vraie histoire de la crise financière

L'Argent-Bête, la vraie histoire de la crise financière - Durée : 2:29

Un banquier, un jour, s'est mis à prêter de l'argent à des pauvres (pour une fois)...
Il leur faisait croire qu'ils n'auraient pas grand chose à rembourser.
Deux ans après, les clients ne pouvaient plus payer... et la banque a coulé.
Le banquier a demandé de l'aide aux autres banques et a tenté de faire jouer son assurance pour... sortir la tête de l'eau.
Les dettes étaient vraiment trop lourdes à porter et tout ce beau monde a bu la tasse.
Ce sont donc les États qui tentèrent de renflouer les banques et les assurances.
Mais les dettes étaient trop lourdes à porter et des États firent faillite : Islande, Hongrie, Ukraine...
Ce sont donc les banques centrales et le FMI qui s'y collèrent...
A suivre ?

Source : Les mots ont un sens

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