Taser X26 : L'arme de la bavure policière

 

Vendeur exclusif d’un pistolet révolutionnaire, la société Taser a remporté un gros marché juteux avec le gouvernement français. Depuis quelques mois, le Taser X26 était à l’essai en France et maintenant Michèle Alliot-Marie veut généraliser son utilisation par la police et l'étendre aux polices municipales.
Son originalité : le dernier né des armes dites non-létales projette une violente décharge électrique paralysante. Nouvelle gégène ou pistolet du futur ?
Sorte de gros pistolet en plastique jaune et noir, le lanceur projette deux aiguilles de 5 cm de long reliées à des fils libérant une décharge électrique de 50 000 volts au contact d’une cible placée à moins de six mètres. Le corps de la victime est parcouru pendant cinq secondes par près de 80 ondes électriques d’1,5 milliampères. Autant dire que l’effet est immédiat. Les informations transmises entre le cerveau et les membres sont instantanément bloquées. La personne touchée perd le contrôle de son corps et s’écroule comme un pantin dont on aurait soudainement coupé les fils...

La Cause du Peuple - 4 Vidéos - Photo de Julie Guiches

Taser X26 Reportage Canal+ - Durée : 8:53

Taser X26 : la police française sous haute tension

Vendeur exclusif d’un pistolet révolutionnaire, la société Taser vient de remporter un gros marché avec le gouvernement français. Depuis quelques mois, le Taser X26 était à l’essai en France. Son originalité : le dernier né des armes dites non-léthales projette une violente décharge électrique paralysante. Nouvelle gégène ou pistolet du futur ?

Trois bimbos moulées dans le cuir façon Trinity dans Matrix, armées chacune d’un énorme flingue style Tom Cruise dans Minority report… La page d’accueil du site internet Taser France annonce la couleur : le Taser X26 sera l’arme du futur.

Sorte de gros pistolet en plastique jaune et noir, le lanceur projette deux aiguilles de 5 cm de long reliées à des fils libérant une décharge électrique de 50 000 volts au contact d’une cible placée à moins de six mètres. Le corps de la victime est parcouru pendant cinq secondes par près de 80 ondes électriques d’1,5 milliampères. Autant dire que l’effet est immédiat. Les informations transmises entre le cerveau et les membres sont instantanément bloquées. La personne touchée perd le contrôle de son corps et s’écroule comme un pantin dont on aurait soudainement coupé les fils.

« L’objectif », précise Antoine Di Zazzo, le directeur général de Taser France, « est d’interférer sur cette fameuse onde T qu’utilise le cerveau pour commander le corps. Les muscles se contractent violemment provoquant une douleur musculaire qui fait vraiment très mal », reconnaît-il pour l’avoir lui-même testé tout en assurant qu’il n’existe aucun danger...

Le pistolet qui touche au cœur

Les différents médecins contactés au cours de l’enquête sont pourtant sceptiques quant à l’innocuité de l’arme. De nombreux paramètres entrent en jeu. Le voltage bien sûr, mais aussi l’intensité de l’électricité, la fréquence du courant et surtout la localisation de l’impact. « L’onde T correspond à la phase de repolarisation cardiaque », précise un cardiologue surpris d’apprendre que le Taser provoque une contraction musculaire générale. En principe, seuls les muscles situés à proximité du choc électrique se contractent. « Pour que l’individu subisse une contraction musculaire générale, il faut tout de même qu’il reçoive une sacré chataigne ! », s’inquiète un autre spécialiste en électromyographie, rappelant que le cœur est aussi un muscle…

« Je ne prendrai pas le moindre risque en mettant en évaluation un dispositif dont je pense qu’il est dangereux », assure le commissaire divisionnaire Fichot, sans promettre pour autant le risque zéro. Christian Fichot est chef du centre de recherche et d’études de la logistique de la police nationale. C’est un peu le Docteur Q dans les films de James Bond, celui qui invente les gadgets et les nouvelles armes qui équiperont peut-être un jour les policiers et les gendarmes français. « Nous avons mis le Taser X26 en évaluation depuis quelques mois dans les GIPN, les GIGN, le RAID ou encore la BAC 93 », précise-t-il en insistant bien sur le caractère expérimental de sa mission. Il préfère rester prudent. La précédente génération, le Taser M26, avait déjà fait l’objet d’une expérimentation qui s’était soldée par un refus de l’État français sans doute inspiré par l’expérience américaine. L’an dernier au Canada, à l’occasion d’un rassemblement de sans-papiers, plusieurs manifestants ont souffert de brûlures consécutives à l’usage du M26 par la gendarmerie royale de Montréal.

« Les versions précédentes avaient des problèmes qui méritaient d’être améliorés » constate effectivement le commissaire Fichot qui commence à recueillir les premiers résultats sur le X26. Sur un peu plus d’une quarantaine d’exemplaires en circulation, le nouveau Taser a déjà été utilisé 25 fois en conditions réelles. En toute discrétion. Outre la neutralisation d’une militante du FLNC qui menaçait de faire exploser la prison des Baumettes à Marseille, les policiers se sont également servi du Taser pour arrêter « ni vus ni connus », au milieu de la foule, un manifestant qui s’apprêtait à prendre la parole lors du meeting politique de Nicolas Sarkozy et Bernadette Chirac à Saint-Malo le 26 mars dernier. Électrisé dans le dos, l’homme s’est aussitôt effondré avant d’être embarqué incognito par les forces de l’ordre. Efficace sans doute, plus problématique certainement sur le plan des libertés individuelles.

Des foudres de guerre

Aux États-Unis plusieurs milliers de Taser équipent déjà la police, et l’armée en utilise en Irak. Si le nombre de bavures a considérablement chuté, il n’en reste pas moins que certaines associations comme Amnesty International, la Ligue des Droits de l'Homme, le Réseau d'Alerte et d'Intervention pour les Droits de l'Homme (RAIDH) ou l’Union Américaine des Libertés Civiques dénoncent des dérapages liés à un usage abusif de cette nouvelle arme, parfois de manière délibérée. Le commissaire le concède : « On a tort d’opposer les armes létales et non létales ; même un bâton de défense mal employé sur une personne particulièrement vulnérable peut avoir de lourdes conséquences. » Tout est question de comportement. Le PDG de Taser France préfère insister sur l’intérêt d’une arme qui pourrait selon lui épargner 5000 blessés par an : « Au lieu de hurler qu’il faut désarmer le monde, le Taser est peut-être une voie plus intelligente. En France, il y a déjà trois vies épargnées car sans le Taser les forces de l’ordre auraient sans doute tiré avec un pistolet classique. » Vu sous cet angle, l’argument est imparable. Mais lors du meeting de Bernadette Chirac, les policiers auraient-ils vraiment tiré contre un manifestant ?

Bruno Fay

Source : Le blog de Bruno Fay

Mort en direct : Le Taser X26 n'en finit pas de tuer

Mort en direct : Le Taser X26 n'en finit pas de tuer - Durée : 9:59

Les derniers instants de Robert Dziekanski, qui est mort après avoir reçu deux décharges électriques de pistolet Taser à l'aéroport international de Vancouver, en octobre 2007. C'est Paul Pritchard, un résident de Victoria, qui a capté les évènements avec sa caméra numérique.

Dans la vidéo, on voit Robert Dziekanski, barricadé derrière des chaises, le long des portes qui séparent la zone sécurisée de la zone publique du terminal des arrivées de l'aéroport. Il semble agité et confus. Il jette un ordinateur par terre et fracasse les vitres avec une table de bois.
Le Polonais de 40 ans était arrivé à l'aéroport une dizaine d'heures plus tôt pour vivre au Canada avec sa mère, établie à Kamloops. On ne sait toujours pas pourquoi il est resté aussi longtemps dans la zone de sécurité de l'aéroport.
La vidéo montre ensuite un agent de sécurité qui s'approche de Robert Dziekanski, mais un témoin l'avertit que l'immigrant polonais ne parle pas anglais. Quelques instants plus tard, quatre agents de la GRC font leur entrée en scène et Robert Dziekanski hurle « Polizia ! ».
Les agents traversent la porte de la zone sécurisée et l'encerclent. Ils lui demandent de se tenir tranquille contre le mur, ce qu'il semble faire. Moins de 25 secondes plus tard, Robert Dziekanski reçoit une première décharge de pistolet Taser.
Après cette décharge de 50 000 volts, l'homme tombe par terre en se tordant de douleur. Un agent lui envoie une deuxième décharge. Les autres agents tentent alors de le maîtriser. Robert Dziekanski meurt quelques instants plus tard.

L'enregistrement a été retransmis aux médias par l'avocat de la mère de M. Dziekanski, Walter Kosteckyj. Selon lui, cela permettra au public de se faire une idée de l'intervention policière.
C'est Paul Pritchard, l'homme qui a filmé les évènements, qui a fait des démarches pour récupérer sa vidéo. Il l'avait remise à la GRC pour l'aider dans son enquête, mais la police fédérale ne la lui a pas rendue dans les 48 heures comme elle s'était pourtant engagée à le faire. M. Pricthard a finalement requis les services d'un avocat pour retrouver sa cassette.

De son côté, la GRC dit que la vidéo sera indispensable pour son enquête. Elle se garde toutefois d'en commenter les images. L'agent Pierre Lemaître, de la GRC, invite d'ailleurs le public à ne pas se fier uniquement aux images diffusées par les médias.
Un ancien policier de Vancouver, Roy Foyle, a regardé la vidéo. À son avis, les policiers ont semblé trop prompts à utiliser le pistolet Taser contre un individu qui n'avait pas l'air très menaçant pour eux.

De son côté, la mère de la victime est en isolement en raison de la diffusion de la vidéo, a indiqué son avocat. Elle ne veut pas voir les derniers moments de son fils diffusés en boucle à la télévision.

Quatre enquêtes distinctes sont en cours sur la mort de Robert Dziekanski. Elles sont menées par la section des homicides de la GRC, les services de coroners de la Colombie-Britannique, les autorités de l'aéroport international de Vancouver et la Commission des plaintes du public contre la GRC.
L'autopsie n'a pas permis d'élucider les causes de la mort de Dziekanski. Les analyses toxicologiques ont révélé qu'il n'y avait aucune trace d'alcool ou de drogue dans son sang.

Sans danger « sur les individus en bonne santé »

La police a ouvert une enquête et a appelé à ne pas juger l’action des policiers sur cette seule vidéo qui n’est qu’un « des éléments à prendre en compte ». La firme Taser International affirme que son arme « sauve des vies tous les jours » et qu’elle est sans danger « sur les individus en bonne santé », concédant toutefois qu’elle peut être létale chez des personnes droguées ou ayant des problèmes médicaux. L’autopsie de M. Dziekanski a révélé qu’il n’avait consommé ni drogue ni alcool.

L’ambassadeur de Pologne à Ottawa, Piotr Ogrodzinski, s’est dit « choqué par ce film douloureux ». Varsovie a officiellement demandé des explications aux autorités canadiennes et la communication des résultats de l’enquête. A l’instar des autorités polonaises, la presse canadienne s’interroge sur les circonstances de ce drame. Le Globe and Mail, qui se demande si « la vidéo raconte toute l’histoire », a « une seule certitude : M. Dziekanski n’aurait pas dû mourir ». Le Vancouver Sun regrette, pour sa part, l’attitude de la police qui consiste à « d’abord utiliser le Taser et à poser les questions ensuite ». Le journal demande enfin que « les changements nécessaires soient apportés pour que cette tragédie ne se reproduise pas ».

Source : Radio Canada

Usage abusif d'un Taser aux Etats-Unis

Usage abusif d'un Taser aux Etats-Unis - Durée : 2:23

Le 17 septembre 2007, s'est déroulée de l’autre côté de l’Atlantique une scène invraisemblable.

Dans le cadre d’un débat organisé par l’Université de Floride, un étudiant interpelant verbalement le Sénateur et ancien candidat à l’élection présidentielle américaine, John Kerry, s’est fait électrocuté à coup de pistolet à électrochocs Taser par des policiers faisant vraisemblablement un usage disproportionné de l’arme adressant 50 000 volts.

L'étudiant ne semble pas particulièrement excité au départ et fait sa déclaration posément. C'est alors que 3 policiers d'abord puis 4 policiers supplémentaires ensuite, arrivent pour faire évacuer l'intervenant (bravo la liberté d'expression au passage !).
Le jeune homme demande pourquoi on l'expulse, dit qu'il n'a rien fait de mal, demande de l'aide de l'assistance qui ne réagit pas. Celui-ci refuse visiblement de se laisser embarquer sans auparavant provoquer un scandale, ce qui n'est sans doute pas du goût du sénateur.
C'est alors que les policiers le plaquent à terre, le menottent et lui tirent une décharge de 50 000 volts. Cet étudiant ne semblait pourtant pas présenter une menace ni pour les policiers, ni pour l'auditoire, ni pour le sénateur Kerry.

Une nouvelle façon de bâillonner les récalcitrants ?

Taser : emploi injustifiable à Lyon

Police Bavure Taser Lyon Novembre 2006 Durée 1:27

Comment faire taire un/une manifestant(e) ? Auparavant, la matraque, c'était brutal, vulgaire, ça laissait des traces et ça n'empêchait pas la victime de gueuler !
Maintenant, c'est terminé tout ça : on isole la personne ciblée dans un coin, un petit coup de Taser à 50 000 volts et hop ! On n'a plus qu'à embarquer le paquet inanimé dans le fourgon, ni vu ni connu !

Dangereux le Taser ?

Une enquête conjointe de Radio-Canada/CBC et la Presse canadienne révèle qu’un nombre important d’individus ont été blessés après avoir reçu une décharge d’un pistolet électronique Taser.

Grâce à la Loi sur l’accès à l’information, des milliers de pages de formulaires, que les policiers de la GRC doivent remplir chaque fois qu’ils utilisent le Taser, ont été analysées.
Il en ressort que 910 personnes sur 3226 ayant reçu une décharge de pistolet Taser entre 2002 et 2007, soit 28 % d’entres elles, ont dû recevoir des soins médicaux, surtout pour des brûlures, des perforations et des blessures causées par des chutes.
Dans 50 % de ces cas, les individus ont été victimes de plus d’une décharge, et ce, même si une politique interne de la GRC indique que des chocs répétés peuvent représenter un danger.

La Commission des plaintes du public contre la GRC a rendu public son rapport final sur l’utilisation du pistolet Taser. C’est le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, qui avait réclamé ce rapport l’année dernière.
Le commissaire, Paul Kennedy, a déjà critiqué la GRC d’avoir libéralisé l’usage du Taser sans avoir fait d’analyse sérieuse de son utilisation. On prévoit d’ailleurs qu’il va recommander de restreindre l’usage du pistolet électronique dans son rapport.
La GRC s’est refusé à tout commentaire avant la publication du document.

Au début de l’année, la GRC avait cessé de dévoiler les détails des blessures subies par les personnes victimes du Taser, alléguant la protection de la vie privée et la confidentialité des enquêtes. De précédents rapports indiquaient toutefois que de 2002 à 2005, une vingtaine de personnes avait été transportées à l’hôpital, principalement pour des brûlures.

L’utilisation du Taser a été remise en cause après le décès de Robert Dziekanski, en novembre dernier, à l’aéroport de Vancouver. Le ressortissant polonais a perdu la vie après avoir reçu au moins deux décharges de pistolets électriques. Ses derniers moments ont été captés sur la vidéo ci-dessus et les images de sa mort ont été diffusées dans le monde entier.

Source : RAIDH

Taser condamné à hauteur de 6 millions de dollars pour la mort d’un homme

Un jury fédéral accorde 6,2 millions de dollars dans le cadre d’un procès impliquant un mort par Taser.

La cour fédérale de San José en Californie, a accordé 6 millions de dollars à la famille d’un homme vivant dans la ville de Salinas mort après avoir été électrocuté à plusieurs reprises avec des pistolets à électrochocs Taser.
Le jury a prononcé un verdict selon lequel Taser international, entreprise basée à Scottsdale en Arizona, était responsable de la mort de Robert Heston Junior, 40 ans.
Il est mort le 20 février 2005, un jour après que la police a utilisé des tasers contre lui près de 30 fois alors qu’ils essayaient de le maitriser chez son père.
Un ami avait appelé les urgences pour signaler qu’Heston se comportait violemment.

La cour a déclaré que Taser international n’avait pas alerté la police sur les dangers de cette arme quand elle était utilisée sur une personne sous drogue ou conjointement avec des compressions des voies respiratoires.
Une autopsie a révélé qu’Heston était mort d’une combinaison de facteurs : intoxication aux méthamphétamines, coeur hypertrophié dû à une prise de drogue de longue durée et aux électrochocs du Taser.

Source : Associated Press le 10/06/08(traduction RAIDH)

La position du gouvernement français

Taser : réponse du gouvernement sur la dotation des policiers municipaux à la Sénatrice Nicole Borvo

C’est dans un hémicycle vide que Mme Nicole Borvo, Sénatrice de Paris a interpelé le gouvernement au sujet de la dotation des policiers municipaux en Taser X26, le 21 mai 2008.

Le gouvernement, par la voix d’Alain Marleix, secrétaire d’état à l’Intérieur et aux collectivités locales, a défendu, tout sourire, la position préalablement adressée par la Ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie à RAIDH : le décret autorisant des policiers recrutés au niveau CAP à adresser une décharge de 50 000 volts est rédigé et sera publié pour le début de l’été prochain... si le Conseil d’État donne son accord d’ici là (NDLR : depuis, le décret a été publié, le Conseil d'État ayant donné son accord. MAM vient même de renforcer ce dispositif en l'étendant aux policiers municipaux, qui eux ne sont même pas assermentés !).

Une délégation de RAIDH s’est rendue au Sénat à cette occasion pour assister à la séance et saisir l’opportunité donnée en vue de mener une action de sensibilisation auprès de l’ensemble des parlementaires pour réguler la dotation et l’usage du Taser en France.

Compte-rendu analytique de la séance du 20 mai 2008

Nicole BORVO COHEN-SEAT, Sénatrice de Paris, Présidente du Groupe Communiste Républicain et Citoyen au Sénat

Question orale sans débat sur le Taser

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat : Dans un rapport sur le Portugal du 23 novembre 2007, le comité de l’ONU contre la torture exprime sa préoccupation quant à l’acquisition récente par cet État d’armes électriques Taser X 26. Le comité s’inquiète du fait que l’usage de ces armes provoque une douleur aigüe, constituant une forme de torture, et qu’il peut même causer la mort. La dangerosité de cette arme de quatrième catégorie est ainsi confirmée. Pourtant, Mme Alliot-Marie a fait savoir la semaine dernière qu’elle envisageait de modifier le décret du 24 mars 2000 pour inscrire le Taser dans la liste des armes dont peuvent être dotés les 17 000 policiers municipaux.

Une telle décision irait à l’encontre même de la déclaration du précédent ministre de l’intérieur - et actuel Président de la République - contre la banalisation de l’emploi de cette arme. Des préfets comme celui de Seine-et-Marne ont attiré l’attention sur certains risques liés à l’utilisation de cette arme par les policiers municipaux. Je note aussi que la Commission nationale de déontologie de la sécurité a d’ores et déjà relevé deux cas manifestes d’usage disproportionné du Taser X26 par des fonctionnaires de police et des gendarmes pourtant particulièrement formés pour les opérations de maintien de l’ordre.

Selon la réponse officielle de la France au Comité européen de prévention de la torture, 83 % des usages du Taser par la gendarmerie nationale ne relevaient ni de la légitime défense ni de l’état de nécessité prioritairement envisagés dans les procédures internes. Cet état de fait ne laisse pas d’inquiéter sur ce qui adviendra si 17 000 policiers municipaux ont à leur disposition cette arme.

Voilà pourquoi je souhaite qu’un moratoire sur l’utilisation du Taser soit prononcé ou, pour le moins, qu’il y ait une limitation du port de ces armes aux unités d’élite de la police et de la gendarmerie. A l’instar de mes collègues de l’Association nationale des élus communistes et républicains, je considère que son usage ne devrait en aucun cas être étendu aux policiers municipaux.

M. Alain Marleix, secrétaire d’État, à l’intérieur et aux collectivités territoriales : Je note avec plaisir la référence positive que vous faites au Président de la République ! (Sourires)

Dans les unités les plus exposées, 1 955 policiers et 1 500 gendarmes sont équipés de pistolets à impulsions électriques. Si cette dotation a vocation à être augmentée, il n’est nullement question d’en banaliser l’emploi. Dès maintenant, la dotation et l’usage d’un Taser X26 s’inscrivent dans un cadre juridique particulièrement rigoureux. Les pistolets à impulsions électriques utilisés sont tous équipés de systèmes de contrôle perfectionnés qui enregistrent les paramètres de chaque tir ainsi que d’un dispositif d’enregistrement audio et vidéo qui se déclenche à chaque utilisation de l’arme. Le modèle X26, dont sont dotées les unités françaises, est nettement moins puissant que le M26 utilisé par certaines polices, comme la canadienne.

Les utilisateurs de cette arme sont spécifiquement formés et individuellement habilités. Assortie de ces garanties, l’utilisation du Taser X26 constitue une réponse appropriée à certains comportements violents, permettant d’adapter la riposte des forces de l’ordre de manière proportionnée à la situation rencontrée en neutralisant une personne menaçante ou dangereuse pour elle-même ou pour autrui. L’utilisation de cette arme non létale minimise les risques de blessures tant pour les personnes interpelées que pour les agents des forces de l’ordre.

Le rapport 2006 de la commission nationale de déontologie de la sécurité comporte effectivement deux avis relatifs à des dossiers concernant l’utilisation d’un tel pistolet par les forces de la police nationale. Dans les deux cas, les faits se sont produits en 2005, avant la parution de l’instruction d’emploi qui définit désormais les règles, les modalités et les précautions d’emploi. S’agissant de son utilisation par les policiers municipaux, le ministre de l’intérieur a créé, en octobre 2007, un groupe de travail associant des représentants de l’État, des maires et des syndicats des policiers municipaux. Ce groupe de travail a conclu que cette utilisation est conditionnée par une formation complète, en rappelant que l’utilisation du Taser X26 doit faire l’objet d’un agrément préalable par le préfet et le procureur.

Un décret sera prochainement présenté au Conseil d’État avec l’objectif de le publier à l’été prochain. Cette évolution réglementaire donnera un cadre juridique aux nouvelles demandes de nombreuses collectivités territoriales en matière de dotation de leur police municipale en armes non létales en rappelant que les textes en vigueur leur permettent déjà de disposer d’armes à feu.

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat : Irrémédiablement, on va étendre l’utilisation du Taser X26...

En 2006, un malade mental a fait l’objet de sept tirs, qui ont causé un arrêt cardiaque. Bien sûr, on l’a ranimé à temps, mais les massages cardiaques ne réussissent pas toujours. Il est clair qu’il est fait de cette arme un usage disproportionné, qui va à l’encontre des conventions internationales, et même de nos lois sur l’usage proportionné des armes de contrainte. Le comité de l’ONU contre la torture souhaite que l’on renonce à ce type d’arme. Vous répondez qu’il faut en encadrer l’usage, encore heureux !, mais c’est pour augmenter le nombre de ceux qui seront habilités à l’utiliser.

Source : Sénat

Campagne NON au Taser mené par RAIDH

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